03 Juin 2012

À Guéret, dans la Creuse

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Des « Indignés » d’un nouveau genre

 

C‘était une première, à Guéret, Creuse. Une manifestation d’animalistes, événement incongru dans cette préfecture de la France abyssale, capitale de l’ancienne province de la Marche (qui s’en souvient ?), en sandwich entre Auvergne et Limousin, où, d’habitude, rien ne se passe que l'égrènement de jours tranquilles, entre bocage et bocage.

Ce qui a provoqué l’indignation, pour ne pas dire la colère, des associations, c’est le projet de la communauté de communes de Guéret Saint-Vaury, présidée par le maire de Guéret, de vendre un terrain à la SOVILIM qui a la ferme intention d’y implanter un abattoir 100 % halal…

 

Barnum et vidéos

Un collectif s’est mis lentement en place, coordonné par Aurore Lenoir, pour dire Non à l’abattage rituel à Guéret (NARG).

La Griffe, en bonne voisine, a adhéré à ce collectif. Plusieurs adhérents avaient fait le déplacement, depuis le Puy-de-Dôme, l’Allier, la Creuse et même la Dordogne, soit dix personnes. Autant dire que La Griffe constituait à elle seule 10 % des manifestants.

Quelle chose étrange que ce projet d’abattoir !… La Creuse est une terre agricole, une terre d’élevage. Mais surtout un territoire où la densité d’habitants est très faible. Ce projet aurait presque pu passer inaperçu, aucune communication là-dessus n’ayant été dispensée par la communauté de communes. Pis encore : celle-ci est restée muette face à toutes les questions qui ont été posées (entre autres, La Griffe, il y a plusieurs mois, avait adressé un courrier au maire de Guéret, qui n’a pas daigné répondre).

 

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Les manifestants qui s’étaient retrouvés au c?ur de la ville, sur la place Bonyaud, étaient essentiellement des représentants d’associations du collectif : Fondation Brigitte Bardot, Convention Vie et Nature pour une écologie radicale, dont le siège est à Limoges, de même que celui du CLAMA… D’autres encore.

Pour La Griffe, tout abattoir est un abattoir de trop. Un lieu qui, idéalement, ne devrait pas exister. La réalité est autre. En France, chaque année, ce sont un milliard et cent millions d’animaux terrestres et d’oiseaux qui passent sous le couteau. En principe, ils auront été étourdis avant la grande cisaille, histoire de ne pas trop sentir le tranchant de la lame glisser au travers de leur peau, de leur muscles, forcer le passage de la trachée, de l'?sophage, histoire aussi de ne pas pas avoir conscience de la vie qui fout le camp avec les giclées de sang frais. Privés d'étourdissement, ils auront tout le temps de connaître cette ultime expérience, pendant que d’autres assisteront, terrifiés, à la scène, en attendant leur tour.

Nous ne voulons pas voir s’installer une structure qui permettrait cela. D’autant qu’elle serait d’importance et pourrait « accueillir » un grand nombre d’animaux. Voilà pourquoi nous avons fait le voyage. Sur la place, il n’y avait que peu d’autochtones. Après le marché du matin, Guéret semblait vide de ses habitants, et nous étions à peu près la seule trace d’animation… Une centaine d’extra-terrestres, « Indignés » d’un nouveau genre.

Le collectif avait bien fait les choses : barnum au centre de la place, sous lequel on avait installé deux écrans diffusant en boucle des scènes d’abattage. Un contre-jour opportun rendait les images imprécises. Mais ce que l’on en voyait suffisait pour prendre conscience de l’horreur absolue de la pratique…

Pour l’heure, le collectif n’est constitué que d’une dizaine d’associations. D’autres ont-elles reculé, de crainte d’être taxées de racisme? Pourtant, cela a été déclaré haut et fort : il n’est pas question de stigmatiser une communauté quelle qu’elle soit, seulement de condamner une pratique qui n’a désormais plus sa place, parce qu’elle s’avère cruelle et archaïque. Les politiques, une fois de plus, refusent d’intervenir, préférant acheter ce qu’ils considèrent comme une forme de paix sociale, et aussi quelques voix supplémentaires, ce qui n’est pas négligeable. Tout cela au prix du sang et de la souffrance des bêtes.

 

Le sang et le fric

Il est des coutumes que rien ne justifie et qui doivent, bon gré mal gré, être définitivement abandonnées, même si cela doit générer quelque mécontentement de la part de ceux qui s’y accrochent. Il en fut ainsi de la peine de mort. Il en est ainsi de l’excision. Si, pour l’heure, il est impossible de supprimer les abattoirs et de rendre le monde végétarien, au moins devons-nous exiger que les animaux soient abattus dans les conditions les moins mauvaises possible. Il en va de même en ce qui concerne l’élevage et le transport. Il s’agit d’un tout. Nous devons nous battre pour cela, faute de mieux.

Après un assez long exposé d’Aurore Lenoir (vidéo), où il était question de la genèse du projet, des revendications du collectif, et aussi de la logique économique implacable qui le sous-tend, elle rappelait la réalité de l’abattage sans étourdissement, une réalité atroce que les tenants de la pratique ne veulent le plus souvent pas voir, s’obstinant dans le déni, persuadés, pour la plupart d’entre eux, en toute bonne foi, qu’il génère moins de souffrance que l’abattage classique, alors que tout, aujourd’hui, démontre le contraire.

Un décret voté en 1964 exige qu’en France les animaux soient étourdis avant d’être égorgés. Les cultes juif et musulman, pour des raisons de dogme, refusent l'étourdissement. Ils bénéficient donc, depuis lors, d’une dérogation que pas un seul gouvernement, à ce jour, n’a songé à remettre en question. Aujourd’hui, nous le demandons fermement : tous les animaux, sans exception, doivent être abattus de façon digne et indolore.

 

Polka-Che-avec-texte.JPG 

 

Christophe Marie (vidéo), de la Fondation Brigitte Bardot, est intervenu lors d’une allocution pour exposer les positions de la FBB. Gérard Charollois (vidéo), de la Convention vie et nature pour une écologie radicale, a insisté sur l’éthique de son mouvement, le biocentrisme : le respect absolu du vivant. Ce militant infatigable, bien que frappé de cécité, a eu des mots très forts, dans un discours construit, cohérent, pour condamner le projet. Mais à aucun moment, il ne fut question de stigmatiser une communauté de croyants.

Ombre au tableau : un représentant du Front national, sentant l’aubaine de la récupération facile, avait lui aussi fait le déplacement, entouré d’un petit aréopage de fidèles. Cela a suffi pour que la presse se jette sur cette scorie anecdotique. Oubliées les images insoutenables, la souffrance des bêtes, oubliés les discours dignes et la détermination des manifestants !… Les journalistes présents n’ont retenu que l’épisode minable qui leur a permis, une fois encore, d’éluder les vraies questions (voir article).  

                                                                                                                                      Josée Barnérias

 

 

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