La Griffe - Association Loi 1901 - BP 10152, 63020 Clermont-Ferrand Cedex 2 - Email : lagriffe@orange.fr

Celui qui croyait au Père Noël…

L’avenir est incertain…

Démographie galopante, dérèglement climatique… De grandes voix s’élèvent : « Sauvons la planète ! »

Mais entend-t-on une seule de ces voix crier « Pitié pour les animaux ! » ?

Puisque les personnages de chair et d’os se taisent, nous en appelons à un personnage fictif.

Voici la Lettre de La Griffe au Père Noël : vous pourrez la télécharger, l’imprimer, la transmettre, l’afficher…

Parce que nos amis les animaux ne savent pas écrire…

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La « personnalité animale » vue par Marguénaud : un sujet de droit
Le professeur Jean-Pierre Marguénaud est venu à l'Ecole de Droit de Clermont-Ferrand pour parler de la "personnalité animale".

La « personnalité animale » vue par Marguénaud : un sujet de droit

Lorsque le professeur Jean-Pierre Marguénaud https://www.babelio.com/auteur/Jean-Pierre-Marguenaud/319684évoque la « Personnalité animale », il ne parle pas de psychologie, mais de droit… Pour développer ce concept, l’universitaire est venu à l’Ecole de Droit de Clermont-Ferrand, à l’invitation de l’une des enseignantes (qui fut aussi son élève), Anne-Blandine Caire, et du doyen de la faculté, Christine Bertrand. La conférence se déroulait dans un amphi Trudaine quasiment plein, le 27 mars 2019.

Enseignant à Clermont-Ferrand, puis à Limoges et Montpellier, Jean-Pierre Marguénaud est l’initiateur, en France, du droit de l’animal. Depuis de longues années, il bataille sans relâche pour faire admettre les animaux dans une nouvelle catégorie du droit afin de les sortir de ce no man’s land juridique dans laquelle ils se trouvent. Considérés comme des êtres sensibles (codes pénal, rural et civil), ils n’en restent pas moins assujettis à la catégorie des biens. Il n’existe en effet aucune alternative aux catégories des personnes ou des biens.

La personnalité animale est une vieille idée qui avait été soutenue dans une thèse au siècle dernier… Jean-Pierre Marguénaud lui-même était l’auteur de cette thèse présentée en 1987. « Mes propos ont été souvent détournés. On m’a fait dire le contraire de ce que je disais. Aujourd’hui, je désire exhumer la personnalité animale, et appeler à sa consécration. »

« Lévitation juridique… »

Revenant sur ce qui avait présidé à la genèse de cette idée, il précisait qu’il s’agissait avant tout de « poser une règle technique, c’est-à-dire un outil bien commode pour apporter aux animaux une protection supérieure à celle qu’ils peuvent avoir aujourd’hui ». Ajoutant : « On a dit que je voulais assimiler les animaux à des personnes morales. Il ne s’agit pas de cela. La notion de personnalité morale est censée protéger une entité qui ne souffre pas, comme une association, par exemple. Le concept de personnalité animale, au contraire, vise à protéger des individus qui souffrent. Bien sûr, on a parlé aussi d’un concept de personnalité juridique non humaine. Mais c’est une définition négative. Ça ne vaut pas que pour les animaux. Il peut s’agir d’un robot, d’une personne morale… » Et le conférencier de rêver : « Si la France était le premier pays à reconnaître la personnalité animale, quelle consécration ce serait ! Elle obéirait à une nécessité de logique juridique et serait un moyen efficace d’améliorer la protection de certains animaux. »

Notre système juridique est basé sur la dichotomie bien/personne. « Que sont devenus les animaux ? On dirait qu’ils se trouvent dans une sorte de lévitation juridique. Il y a urgence à les en faire redescendre… »

En 2015, la réforme du code civil (« Avant, il y avait un petit doute, aujourd’hui il n’y en a plus… ») (*), déclarait Jean-Pierre Marguénaud qui a œuvré lui aussi pour cela, a représenté un progrès certain (NDR : là-dessus, on nous permettra d’être un peu sceptiques, voir en fin de texte). Le code rural reconnaît lui aussi les animaux comme des êtres sensibles, « c’est bien, mais c’est quand même réservé aux chasseurs et aux agriculteurs. On ne peut pas y changer une virgule sans l’avis de la FNSEA ». Reste que dans le code rural comme dans le code civil, les animaux demeurent soumis au régime des biens, tout en n’étant pas vraiment des biens…

La philosophie, les sciences et le droit

Alors ? « Il serait souhaitable, intervient Jean-Pierre Marguénaud, de les intégrer dans une catégorie intermédiaire. Cela ne présenterait pas d’inconvénient majeur par rapport au fonctionnement de la société ». Et de citer Steven Wise et son ouvrage Rattling the cage (2000), traduit en français par David Chauvet sous le titre Tant qu’il y aura des cages / Vers les droits fondamentaux des animaux. Steven Wise avait tenté d’obtenir, aux Etats Unis, une personnalité juridique pour les grands singes. Il pensait que la personnalité juridique devait être réservée aux animaux qui satisfont au test du miroir…

Et c’est à ce moment-là que l’éminent professeur invitait… son chat Ellington dans le débat. « Ellington s’est bien reconnu dans le miroir… Ce n’était pas le chat qui satisfaisait au test du miroir, mais le miroir qui ne satisfaisait pas au test du chat… »

La facétie n’est pas souvent l’apanage des juristes. Le droit est une discipline dans laquelle l’humour tient bien peu de place. Cela n’empêchait pas l’universitaire d’alléger le sérieux de son discours avec de fréquentes saillies. Jean-Pierre Marguénaud avait l’air de s’amuser beaucoup, tout en réjouissant son auditoire, ce qui, c’est bien connu, est le meilleur moyen de conserver intacte son attention.

C’est ainsi qu’il se faisait boute-en-train en demandant à la salle de crier en chœur, et cela plusieurs fois de suite « Vive le droit animalier ! » Et les auditeurs de se prêter de bonne grâce à cet exercice incongru mais enthousiasmant !

Enfin, après avoir évoqué quelques affaires portées devant le tribunal, il concluait son propos en rappelant que la philosophie, les sciences et le droit sont les trois piliers qui permettront de faire avancer les choses en matière de condition animale.

Rappelons que Jean-Pierre Marguénaud est l’auteur de plusieurs ouvrages traitant du droit animalier, le dernier, paru en 2016, intitulé Le droit animalier étant co-écrit avec Florence Burgat, philosophe, et Jacques Leroy, professeur de droit privé et sciences criminelles. Le trio est également à la tête -Jean-Pierre Marguénaud en est le directeur- de la 
Revue semestrielle de droit animalier http://www.unilim.fr/omij/publications-2/revue-semestrielle-de-droit-animalier/. Enfin, le même Jean-Pierre Marguénaud a dirigé, avec Jacques Leroy, la première édition (2018) du Code de l’animal (éditions LexisNexis).

(*) L’article 515-14 du code civil (16 février 2015) : « Les animaux sont des êtres vivants doués de sensibilité. Sous réserve des lois qui les protègent, les animaux sont soumis au régime des biens » … N’a-t-on pas vu, à l’époque de la réforme du code, ou n’a-t-on pas voulu voir quelle arnaque cela représentait ? N’eut-il pas été plus juste d’écrire : les animaux etc. … MAIS sous réserve …Car les lois qui les protègent n’étant pas ou peu appliquées, pour la bonne raison qu’elles sont souvent non applicables, sauf lorsque les animaux sont déjà morts ou mourants (dans ce cas, on se demande où est la protection), cela revient à dire que, même si les animaux sont des êtres vivants doués de sensibilité, ils restent traités comme des « biens », c’est-à-dire comme des objets … Et j’aimerais bien que l’on vienne me prouver le contraire ! En conclusion le pataquès fait, à l’époque, autour de la réforme du code civil n’est qu’un enfumage qui a permis à quelques associations de se faire mousser, aux politiques et aux législateurs de se faire bien voir en leur lâchant des miettes et aux « utilisateurs d’animaux », chasseurs, éleveurs & Cie, à être rassurés : rien n’allait changer ! Les seuls à ne pas avoir retiré le moindre bénéfice de ces magouilles juridiques sont, bien entendu, les animaux eux-mêmes….

Josée Barnérias

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La Griffe établit le bilan de l’année 2018
Lors de l'assemblée générale, le 16 mars 2019.

La Griffe établit le bilan de l’année 2018

L’année 2018 a été marquée par une chute du nombre des nouvelles adhésions (19 contre 41 en 2017 et une soixantaine par an les années précédentes). Par bonheur, cette année, nous avons évité le déficit. Il n’y a que peu de différences entre le poste dépenses et le poste recettes, contrairement à 2017. Le budget se joue entre les dépenses de nourriture et de soins vétérinaires, avec un poste fonctionnement pour ainsi dire dérisoire. C’est que nous n’avons dépensé que l’argent strictement nécessaire. Cette année, il va nous falloir renouveler notre matériel : tracts, affiches, banderoles… On note en 2018 une augmentation sensible des dons, ce qui nous encourage en un temps où les raisons de s’inquiéter sont multiples.

Manque de visibilité ?

La conjoncture, en effet, n’est guère favorable (hausse des prix, prélèvement à la source, etc.), morosité due aux problèmes sociaux, environnementaux et climatiques. Quant à la baisse des adhésions, peut-être a-t-elle des causes liées à l’association elle-même, je pense par exemple au manque de visibilité. Pendant deux ans, le site n’a pas été remis à jour. Il va l’être bientôt grâce à Arnold, qui a proposé fort gentiment de nous aider. Pendant plusieurs mois, pas de lettre numérique non plus, parce que personne ne maîtrisait le sujet. Pour ma part, je n’ai même plus le temps de rédiger, mettre en page, envoyer à l’impression et poster les Griffonnages, les petits bulletins papier que nous envoyions aux adhérents n’étant pas connectés à Internet, les autres recevant la version numérique. Ne disposant plus d’infographiste (ou du moins de quelqu’un ayant des notions d’infographie), nous ne préparons plus de documents tels que les tracts, les affiches, les banderoles, etc. De toute façon, pour ce qui est des tracts, nous n’avons personne pour les distribuer. Nous avons raréfié nos apparitions publiques, toujours par manque de bénévoles. Un manque qui se fait cruellement sentir dans toutes les actions que nous menons. Autant dire que nous sommes une poignée pour intervenir, or le nombre de nos interventions, elles, sont inversement proportionnelles aux moyens dont nous disposons pour les mener.

Interventions auprès des animaux

Nous continuons, à nos risques et périls, à faire ce que nous avons toujours fait : essayer de sauver autant d’animaux que nous le pouvons. Mais nous arrivons au point où nous ne pouvons guère en accueillir davantage. Nous ne disposons pas de refuge, ni d’un local qui pourrait éventuellement en faire office, même avec un nombre de places limité. Nos animaux se trouvent chez des accueillants qui, pour certains du moins, en accueillent beaucoup. Nous sommes proches de l’asphyxie et désormais nous allons devoir réfléchir à la forme que prendront nos futures actions. Il est en effet difficile, pour ne pas dire impossible pour nous de laisser un animal livré à lui-même et en souffrance. Faut-il fermer les yeux, se boucher les oreilles ? Ne pas voir, ne pas entendre ? Tous les jours ou presque nous recevons des appels pour un chat, pour un chien ou autre, malade, perdu, battu, abandonné, etc. Chaque fois que nous pouvons intervenir, nous le faisons, et nous réfléchissons après… Ce qui signifie que nous improvisons. Nous arrivons à nos limites.

Pour l’instant, s’il existe des solutions, nous ne les connaissons pas. Cette situation nous inquiète et nous chagrine, d’autant que sur un plan plus général, rien n’avance. La cause animale est la grande oubliée des gouvernements qui se succèdent, l’actuel n’est pas en reste.

Une situation ubuesque

Je tiens à dire un mot sur la situation ubuesque dans laquelle nous nous trouvons lorsqu’il s’agit de dénoncer ce que nous, nous considérons comme de la maltraitance. Dernièrement, nous avons reçu un signalement : à Aubière, un jeune husky était fermé nuit et jour sur un balcon, sans jamais sortir, vivant dans ses excréments, et nous ne savions même pas, faute d’avoir une visibilité correcte, s’il disposait d’un abri. Des tas de gens étaient au courant de la situation, dont un jeune couple qui nous a alertés. Il paraissait toutefois difficile d’obtenir des témoignages, comme nous l’avait conseillé Arnauld Lhomme, qui est directeur des enquêtes à la Fondation 30 Millions d’Amis. Nous nous sommes cependant rendus sur place, avons identifié les détenteurs, pris quelques photos… Peu après, l’APA 63 a été informée de cet état de fait. Deux enquêtrices se sont rendues sur place avec des policiers municipaux. Le husky était âgé de six ou sept mois, il n’entrait jamais dans l’appartement et n’était jamais promené. L’APA a demandé qu’il lui soit confié. Le propriétaire du chien a refusé, il en avait parfaitement le droit. Après moult tergiversations, l’APA est repartie sans le chien. Depuis, nous essayons en vain d’interpeller le bailleur, l’Ophis en l’occurrence. Mais rien ne bouge. Le problème c’est que ce type a le droit de détenir son chien sur le balcon dans la mesure où l’animal dispose de plus de 5 m2, où il a une niche pour s’abriter, où il a de l’eau fraîche en permanence à sa disposition, et où les excréments sont nettoyés. Pour les 5m2, le balcon est conforme. Pour le reste, nous n’avons aucune preuve. Nous sommes retournés chez ceux que nous considérons comme des maltraitants, mais n’avons pu entrer dans l’appartement. Aux dernières nouvelles, le chien aurait disparu. Où est-il maintenant ? Ce genre de situation est fréquent : chiens de chasse dans des enclos innommables, chiens dont on ignore même l’existence détenus dans des voitures, des garages, etc. Pour nous, cela n’est pas admissible. Pour le dénoncer il nous faut une mobilisation qui fait gravement défaut actuellement.

Sur ce balcon était tenu prisonnier un jeune chien de race husky.

Il y a plus encore : nous devrons nous réjouir si, dans sa lutte contre les niches fiscales, l’Etat ne s’en prend pas aux petites associations de protection animale qu’on est pourtant bien content de trouver alors que les grosses machines ne répondent pas toujours.

La Griffe est dédiée à toutes les souffrances animales et, plus particulièrement, pour des raisons qui tombent sous le sens, à celles des animaux dits de compagnie. Or, si l’on peut militer contre les élevages ou les abattoirs sans forcément accueillir chez soi des animaux rescapés de la boucherie, il est beaucoup plus compliqué de ne pas s’intéresser au sort d’un chat affamé qui miaule sous vos fenêtres. Ou d’un chien enfermé 24 h / 24 dans un taudis sombre et insalubre, voire pire.

Cette année, notre préoccupation principale sera de lutter contre les maltraitances ordinaires, autorisées, et aussi, parce que les unes ne vont pas sans l’autre, contre la reproduction non maîtrisée des animaux dits de compagnie, qui se trouvent ainsi livrés, faute de suffisamment de familles ou d’individus pour les accueillir, à toutes sortes de malheurs : qui dit surpopulation dit braderie, maltraitances et mises à mort massives dans les fourrières et les refuges ces derniers ne pouvant absorber tout ce qui se présente.

Nous ne pouvons tolérer cela, et nos efforts vont porter principalement contre ces horreurs.

Bilan d’activité

Effectifs

Nous hébergeons actuellement une centaine de chats, 7 chiens, 19 lapins, 3 cochons d’Inde, deux chinchillas, un furet et une poule. Nous les nourrissons et les soignons chaque fois que cela est nécessaire.

En 2018, nous avons accueilli et pris en charge 33 animaux

Décès. Une douzaine de chats dont Jeannot, Poppi, Chacha, Gaspard, Eglantine… Une chienne, Chougna, au mois de janvier, et Goliath en juin, qui n’était pas un chien La Griffe, mais que nous gardions le temps de son traitement. Et puis Fleur la petite lapine.

Jeannot et Poppi nous ont quittés en 2018.

Adoptions. 22 chats

Parrainage

Nous avions mis en place un système de parrainage pour certains de nos animaux âgés ou handicapés. Nous n’avons pu, faute de bénévoles, nous en occuper en 2018 comme nous aurions dû le faire. Nous comptons cependant cette année faire repartir l’opération si toutefois nous trouvons quelqu’un qui veuille bien s’en occuper.

Commandes nourriture

Nous effectuons régulièrement des commandes de croquettes à Royal Canin et Affinity Petcare. Afin d’avoir des tarifs intéressants, nous groupons nos achats. Les adhérents peuvent avoir accès à ce service, et eux seuls. Car nous n’avons pas le droit de faire du commerce. Nous ne prenons aucun bénéfice sur les ventes.

Les animaux de l’extérieur

Nous aidons au nourrissage d’une colonie d’environ 50 chats, auxquels il faut rajouter des aides ponctuelles à des adhérents sous forme de dons de nourriture.

Nous avons reçu un grand nombre d’appels, soit pour des stérilisations de chats libres, soit pour nous abandonner un animal, soit pour nous signaler des maltraitances, ou encore demander notre aide pour de la nourriture ou des soins. Il est évident que nous n’avons pas pu répondre à toutes les sollicitations, mais nous l’avons cependant fait chaque fois que cela nous a été possible.

Interventions

Nous avons procédé à la stérilisation de 100 chats, en partie grâce à l’aide le la Fondation 30 Millions d’Amis qui a financé 20 interventions, dix pour les femelles et dix pour les mâles.

Nous sommes intervenus dans une affaire de voisinage à Entraigues pour deux chiens beaucerons menacés par le voisin des détenteurs.

Nous sommes intervenus sur des signalements d’animaux de ferme (Sainte-Agathe, Buxières-sous-Montaigut), deux ânes à Gerzat/Malintrat (injustifié), deux ponettes à Durtol. Souvent, une lettre recommandée et un signalement auprès du maire de la commune concernée suffisent à faire rentrer les choses dans l’ordre.

Nous nous sommes déplacés plus d’une vingtaine de fois, soit pour des enquêtes, soit pour des sauvetages, soit pour des captures de chats dans le but de les faire stériliser.

Nous avons sauvé (grâce à Edith et Marie-Claire qui pour le coup se sont livrées à un mini rodéo) deux caprins, une chèvre et un bouc, dont le propriétaire était mort et qui étaient restés à l’abandon sur un terrain vague. Ne pouvant pas les héberger, nous les avons conduits au sanctuaire Little Phoenix de L-PEA, à Saint-Avit-de-Tardes, en Creuse. Nous avons financé la castration d’Albert, le bouc, et nous envoyons de temps en temps un don pour participer aux soins et à la nourriture. Quant à Albertine, la petite chèvre, elle est morte au bout de quelques mois. Elle était âgée et a été victime d’une maladie contre laquelle il n’y a rien eu à faire. Son décès a été foudroyant.

Edith et Marie-Claire, encore, se sont rendues dans le Cantal à la demande d’une adhérente et sont revenues avec une chatte et cinq chatons. La minette nous est restée, ainsi que deux chatons qui n’ont pas été adoptés et qui commencent à être grands.

Les dossiers

Goliath. Le plus important et le plus marquant a été la prise en charge de Goliath, après un appel du Collectif Pauvreté Précarité (Fondation Abbé Pierre). Goliath était un énorme chien noir très gentil, âgé de neuf ans, dont le jeune maître n’avait ni toit ni ressources. Goliath souffrait d’un lymphome. Après avoir lancé une collecte, nous avons pu financer sa chimiothérapie. Hélas, la maladie était à un stade très avancée et Goliath est mort au bout de trois mois et demi de soins. Pendant tout ce temps, il est resté chez moi. Je m’étais beaucoup attachée à cet immense toutou très gentil qui avait l’innocence d’un chiot.

Goliath, qui souffrait d’un lymphome (cancer des ganglions), avait été pris en charge par La Griffe. Hélas, en dépit d’une chimiothérapie, il n’a pas survécu.

SDF avec chiens. Nous ne le savions pas encore, mais Goliath a ouvert une nouvelle porte. Après lui, nous avons eu plusieurs demandes d’aide émanant de jeunes SDF pour leurs chiens. Nous travaillons avec le Collectif, qui accueille les chiens dans certains de ses centres d’hébergement. Nous stérilisons, soignons et nourrissons éventuellement. Au nombre de nos « aidés », Gigi et ses trois chiens, Titeuf dont la petite Cheyenne, atteinte par la parvovirose n’a hélas pu survivre en dépit de plusieurs jours d’hospitalisation. Romain et sa chienne Hilda, Yannis et Tina, Michael et Gordon, Geoffrey et Oxanne sont d’autres binômes homme-chien pour lesquels nous avons été sollicités en fin d’année et pour lesquels nous agissons sur le long terme.

Mina. En tout début d’année 2018, nous avons été contactés par une jeune femme qui avait recueilli, le jour de Noël, alors qu’il faisait un temps abominable, la jeune chienne des voisins de ses parents qui avait réussi à se sauver de l’enclos dans lequel elle était enfermée jour et nuit. Les propriétaires de la chienne étaient partis en vacances pour plusieurs jours, la laissant seule dans sa cage. La jeune femme leur téléphonait le lendemain même pour les informer qu’elle avait recueilli la chienne et qu’elle la leur rendrait dès leur retour. Les jours passant, elle s’est dit qu’elle ne tolérerait pas que cette chienne soit replacée dans sa prison. Elle appelait de nouveau les propriétaires pour essayer de les convaincre de prendre la chienne chez eux, dans leur maison. Il lui était répondu que c’était un chien destiné à la chasse, et qu’il ne fallait pas lui parler ni la caresser. Elle proposait alors de la garder moyennant un dédommagement qu’elle leur proposait de fixer. Ils refusaient. A leur retour, elle refusait de rendre la chienne, renouvelait sa proposition, mais ils ne voulaient rien entendre et déposaient immédiatement une plainte pour vol. la jeune femme a été convoquée par les gendarmes. Nous l’avons accompagnée, elle a été menacée de garde à vue. Nous avons affirmé notre soutien et informé immédiatement notre avocate, Me Caroline Lanty, de barreau de Paris. Une médiation pénale a eu lieu cet été. Les plaignants n’ont rien voulu lâcher. L’affaire devrait passer au tribunal correctionnel en novembre. Quoiqu’il en soit nous avons l’impression de marcher sur la tête. Nous attendons la suite. Nous ne lâcherons pas l’affaire. Nous avons déposé deux plaintes contre ces gens pour maltraitance. A ce jour, nous n’avons eu aucune suite et nous n’en aurons pas, car laisser 24 heures sur 24 un chien enfermé dans une cage, comme n’importe quel autre animal d’ailleurs, est autorisé par la loi. Nous craignons qu’une mobilisation massive ne doive être envisagée.

Chien du balcon. Peu avant Noël 2018, nous avons été contactés par un couple qui ne supportait plus d’entendre pleurer un chien enfermé sur un balcon dans l’immeuble en face de chez eux. Nous nous sommes rendus sur place, à Aubière. Le chien, un jeune husky, n’est pas visible de l’extérieur, mais il est là, n’est jamais sorti et on ne sait pas encore de quel abri il dispose. Nous avons appelé à la rescousse la Fondation 30 Millions d’Amis, mais il nous a été répondu qu’il fallait avant tout obtenir des témoignages écrits, ce qui, pour des raisons que l’on devine aisément, n’est pas évident. L’APA est intervenue avec la police municipale, sans résultat (voir plus haut).

Minette. La Griffe a été sollicitée via Facebook par une jeune fille demeurant vers Bordeaux. Elle avait trouvé une jeune chatte dans un état pitoyable. Sa patte avant gauche avait probablement été prise dans un piège et était quasiment sectionnée. La jeune femme, Mathilde, une étudiante, a conduit Minette chez un vétérinaire qui lui demandait 500 euros pour l’amputation nécessaire, l’identification, etc. N’ayant pas de gros moyens, elle a ouvert une cagnotte, que nous avons relayée abondamment. Certain(e)s d’entre vous y ont d’ailleurs répondu. Grâce à La Griffe, la cagnotte qui ne décollait guère a pris son envol, nous avons avancé l’argent du vétérinaire et tous les frais occasionnés ont été remboursés.

Minette est au mieux avec son nouveau copain Txiki.

Maltraitance

Nous sommes appelés pour constater des actes de maltraitance qui, souvent, n’en sont pas aux yeux de la loi. Donc, nous ne pouvons rien faire. Le fait de laisser un chien à l’attache toute sa vie n’est pas considéré comme un mauvais traitement. Nous pouvons seulement intervenir sur des détails, comme la longueur de la chaîne, la situation et l’état de la niche et autres éléments qui ont de l’importance, bien sûr, mais à nos yeux ce qui est fondamental c’est d’interdire cette pratique.

Si nous voulons convaincre le détenteur de l’animal d’avoir une attitude plus « humaine » avec lui, encore faut-il qu’il accepte de nous entendre.

Tant que la loi ne sera pas modifiée, les associations n’auront aucun pouvoir face à des pratiques (enfermement, attache, etc.) qui nous semblent scandaleuses.

Actions

En février, AG de La Griffe, petite salle Leclanché trop petite (40 personnes).

Mars : Salon du chiot manif six personnes

Réunion à la demande de certains bénévoles (fin mars). Rien donné.

Le 9 juin, organisation d’une brocante salle Leclanché. Un flop.

Juillet visite au bar à chats place Sugny.

A signaler : nous avons eu beaucoup d’appels pour garder des animaux pour des gens qui partaient en vacances.

Fin juillet : récupération d’Achille, un chat persan dans un état pitoyable que ses détenteurs ne laissaient pas entrer à la maison.

En septembre, envoi d’un courrier à une douzaine d’associations pour envisager une action commune (stérilisation des chats, chiens à l’attache). Trois réponses. Nous n’avons pour l’instant pas poursuivi le projet, la mobilisation nous semblant insuffisante.

Inscription au Portail des associations géré par la mairie de Clermont.

En septembre toujours, participation au forum des associations.

Le stand de La Griffe au forum des associations de Clermont-Ferrand en septembre 2018.

En octobre organisation d’une projection-débat « Ethique et chasse : deux inconciliables » dans la salle Georges-Conchon prêtée par la Ville : 22 personnes, soit un échec cuisant.

Et encore…

La Mauraude du Collectif Pauvreté précarité a pris contact pour qu’on lui donne des croquettes.

Nous avons déposé une demande d’aide à l’association Bourdon qui nous a octroyés 5 bons de stérilisation pour des chattes.

Reprise des lettres d’info. Abandon des Griffonnages. On les reprendra peut-être, mais sous une autre forme.

Refonte du site de La Griffe par Arnold.

Nous cherchons des bénévoles pour distribuer des tracts dans les boîtes aux lettres, à l’entrée des concerts et spectacles, éventuellement sur les marchés ou tout autre événement public.

Nous recherchons également quelqu’un qui a des notions d’infographie pour des petites boulots : conception de tracts ou d’affiches, ou encore de banderoles. Cela ne demande que quelques heures par an.

Nous recherchons des bénévoles disponibles et possédant un véhicule pour différentes courses.

Nous recherchons des bénévoles susceptibles de pouvoir se rendre sur place lorsque l’on nous indique une urgence, des maltraitances, etc.

En conclusion

La cause animale est en souffrance. On ne trouvera pas de cohortes de gilets jaunes ou de n’importe quelle autre couleur pour aller la défendre. Pourtant, c’est bien notre humanité qui est en jeu. Lorsque je dis « humanité » je pense bien sûr à notre capacité d’empathie et de civilisation, c’est-à-dire du refus de la loi du plus fort. Il est bien de diminuer sa consommation de chair animale, voire de la supprimer et du même coup de dire adieu à toute consommation de produits animaux, lorsque cela est possible. Mais ce n’est pas suffisant. Il faut s’impliquer plus encore. Combien de fois n’ai-je pas entendu, lorsque l’on nous appelle pour signaler des maltraitances : « je ne veux pas donner mon nom ». L’anonymat, c’est aussi une forme de renoncement. S’impliquer, cela signifie aussi œuvrer ensemble. Les associations n’ont aucun pouvoir. Il est impératif de les aider, en relayant leurs messages, en les rejoignant, en les finançant si l’on peut et comme l’on peut. L’heure n’est peut-être pas venue d’une mobilisation assez forte, assez sûre d’elle-même pour déjouer les pièges et surmonter les épreuves. C’est pourquoi, à l’heure qu’il est, nous ne sommes pas en mesure de dire ce que sera l’année qui arrive, ce que nous en ferons. Déjà, l’expérience de l’échec, notamment avec la projection-débat sur la chasse, nous interdit de rééditer pour l’instant ce genre de réunion. En fait, nous agirons au fur et à mesure de nos possibilités. Il est en tout cas quelque chose que nous ne perdrons pas de vue, c’est l’action sur le terrain et l’aide aux animaux en danger ou maltraités.

En réalité j’ai envie de vous dire que tout dépend de vous…

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Goliath, ou une trop brève rencontre
Goliath avait été pris en charge par La Griffe pour une chimiothérapie.

Goliath, ou une trop brève rencontre

Goliath est mort. La maladie a gagné. On aurait bien voulu qu’il vive plus longtemps, ce grand chien tendre et rigolo. On aura essayé. Nous l’avions pris en charge début mars. Son « maître » était un jeune homme en errance, ou plutôt en erreur. Ni révolté ni asocial, il cherchait plutôt à faire son trou dans la société, mais sans savoir trop où il allait, ni ce qu’il voulait, et en présumant de ses capacités. C’est de cette façon qu’il s’est retrouvé à la rue. Il a emmené Goliath. Il disait qu’il avait eu ce chien lorsqu’il était adolescent. D’après lui Goliath avait neuf ou dix ans, il ne se souvenait plus vraiment de l’année de sa naissance. Il le traînait avec lui de centre d’accueil en squat, mais un jour Goliath s’est montré fatigué, lui qui était toujours plein de vie. Et puis il lui est venu d’inquiétantes grosseurs dans le cou… Quelqu’un a appelé La Griffe. C’était une éducatrice du Collectif Pauvreté Précarité de Clermont-Ferrand. Elle nous a signalé le drôle de tandem que formaient le jeune homme et son chien. Nous a demandé notre aide : il fallait conduire l’animal chez un vétérinaire, mais son maître n’avait pas un sou…

Et c’est ainsi que Goliath est entré dans ma vie…

L’histoire de Goliath et de La Griffe a été brève. Commencée le 7 mars 2018, elle a pris concrètement fin le 22 juin de la même année, avec la mort du chien. Mais comment peut-on dire qu’une histoire est terminée ? Rien de ce qui a été ne meurt tout à fait.

Le 7 mars, donc, nous avons répondu à l’appel évoqué plus haut. Le lendemain, nous avions un rendez-vous chez un vétérinaire. Entre le moment où j’étais allée chercher le jeune homme et le chien et celui du rendez-vous, il devait s’écouler deux heures. Que l’on a passées dans mon jardin, ce qui m’a permis de constater que Goliath ne développait aucune agressivité ni envers mes chats ni envers les autres chiens, plutôt de l’indifférence. En revanche, il était très intéressé par les quelques jouets, surtout des balles, que je lui avais mis sous le nez.

Le diagnostic du praticien a été rapide et sans appel : un lymphome, autrement dit un cancer du système lymphatique assez sévère qui devait entraîner inexorablement la mort du chien dans les semaines, au mieux dans les mois à venir si rien n’était tenté…

La Griffe n’a pas beaucoup d’adhérents (nous plafonnons en ce moment à 170/180) mais ils sont extraordinaires. Après cette nouvelle, il nous fallait prendre une décision rapide : traitement palliatif jusqu’au décès du chien, qui n’aurait pas tardé, ou alors tentative de juguler la maladie avec une chimiothérapie. Nous avons opté pour la seconde solution, tout en sachant que celle-ci n’était nullement garante de la guérison. De plus, on ne nous a pas caché que le traitement serait très coûteux. Nous avons lancé une collecte. Une trentaine d’adhérents y ont répondu. Nous avions de quoi traiter Goliath pendant plusieurs mois. Ensuite, on verrait…

La chimiothérapie devait commencer le plus rapidement possible, sinon le lymphome s’aggraverait dangereusement. Devant la grosse bouille confiante de ce géant sombre et l’inquiétude non feinte du garçon, je n’ai pas hésité longtemps. J’ai pris seule la décision de lui venir en aide, je n’avais pas la possibilité de joindre mes collègues. Je savais qu’elles approuveraient ce choix.

Dès le lendemain Goliath est venu vivre chez moi. C’était plus confortable pour lui, plus pratique pour moi et plus facile pour son maître qui ne savait trop le matin où il passerait la nuit suivante. Il a fallu d’abord faire connaissance avec Goliath. Il était très gentil, cela, je l’ai vu immédiatement. Toujours content. Pas agressif du tout. Très joueur, et plein de vie. En revanche, si avec mes chiens, Zitoune et Zoé, et même avec le vieil aveugle Sidney, tous stérilisés, et avec mes chats, il n’y avait pas l’ombre d’un souci, en revanche j’ignorais comment il pourrait se comporter avec les chiens mâles non castrés que l’on pourrait être amenés à croiser sur notre route lorsqu’on partait en balade. Goliath n’était plus tout jeune, mais encore très vif et très puissant, et de surcroît plus lourd que moi. Inutile d’espérer pouvoir le retenir s’il lui prenait l’envie de foncer. Il avait besoin de courir et de bouger, donc pas moyen de faire l’impasse sur les sorties… Dès que j’apercevais au loin ce qui pouvait ressembler à un chien, je me mettais à l’écart, assurais ma prise sur le harnais de Goliath, et de cette façon, il ne s’est jamais rien passé de fâcheux. En revanche, je ne connaissais toujours pas ses possibles réactions. Mais cela viendrait en son temps…

En revanche, Goliath était une sorte de monomaniaque du ballon… Je n’ai pas tardé à en prendre acte, et ça, c’était assez déstabilisant, y compris physiquement. Il montrait une véritable addiction à tout ce qui roulait et rebondissait. Cela devenait très préoccupant. Voyait-il des gens jouer au ballon qu’il tirait de toutes ses forces sur sa laisse pour aller les rejoindre. Pour le retenir, j’ai dû mobiliser une énergie inhabituelle, à tel point qu’une tendinite commençait à faire son apparition dans mon bras gauche. Car son entrée dans le jeu eût été immanquablement suivie d’un accaparement de l’objet, ainsi que de sa mise à mal, car pour Goliath s’emparer d’un ballon signifiait le prendre dans sa gueule et le tenir avec ses crocs. Là résidait le plus grave des problèmes posés par la présence de Goliath à mes côtés…

J’ignore ce qui avait pu amener ce chien à un tel point de dépendance au jeu. Goliath, même s’il répondait aux injonctions de base, n’était pas très éduqué. Mais je l’aimais comme il était, et la priorité, pour l’heure, n’était pas liée à des problèmes de comportement, d’autant qu’il n’a jamais rien montré qui puisse provoquer quelque inquiétude. Lorsqu’on marchait, et qu’il était détaché, il ne s’éloignait jamais trop, et revenait lorsqu’on l’appelait, à moins que quelque chose de plus intéressant ne retînt son attention. En un mot, il obéissait assez souvent, mettant tout son cœur à faire plaisir.

Un jour il a repéré avant même que je puisse faire un geste un gosse qui tenait à peine sur ses jambes et un adulte dans un espace vert à peu près désert. A côté du gamin, il a tout de suite vu le petit ballon multicolore qui n’attendait, bien sûr, que lui… J’ai eu beau hurler, courir, il est arrivé avant moi au but et s’est emparé du jouet. Le petit n’a pas bronché. Goliath, lui, était très content et très fier de lui. Moi, je me suis confondue en excuses auprès du jeune papa, lui proposant de lui rembourser l’objet avant de me souvenir que j’étais partie les poches vides. Je m’attendais à me faire au moins engueuler, sans doute insulter (c’est généralement comme cela que ça se passe lorsque l’on croise des adultes ayant charge d’âmes et que l’on est accompagné d’un chien dévoreur potentiel d’enfants innocents). Mais rien de tout cela n’est arrivé. Le jeune homme ne s’est pas du tout ému de la situation. Il m’a répondu qu’il n’y avait aucun problème, que lui-même avait un chien et qu’il savait ce que c’était… Je n’en croyais pas vraiment mes oreilles. Je suis partie soulagée. Goliath avait gardé le ballon.

Il était un peu voleur aussi. Sa grande taille lui permettait d’avoir accès à la nourriture des chats, disposée sur différents meubles. Il profitait d’un moment où j’étais occupée pour commettre son larcin. Parfois, je faisais celle qui ne voyait rien. Parfois aussi, je le fâchais. Pas très fort cependant. Il baissait la tête en me regardant d’un air contrit. Du coup, je n’avais plus du tout envie de le gronder.

Il adorait les bisous. Il approchait sa grosse bouille, et très doucement, collait sa joue contre la mienne. De même sa façon de prendre les friandises qu’on lui tendait, et dont il était fou, était toute en délicatesse. Pas de goinfrerie chez lui, même si, pendant les quelques semaines où il a montré un bon appétit, il liquidait sa gamelle sans hésitation. En revanche, il n’aimait pas l’harmonica, ni la tondeuse à gazon…

Notre cohabitation était heureuse. Au début, je l’ai amené plusieurs fois voir son maître qui disait vouloir passer la journée avec lui mais me rappelait au bout d’une heure pour que je vienne le chercher : il ne savait sans doute que faire de cet encombrant camarade. Goliath n’était pas dupe. Il ne se faisait jamais prier pour repartir, et il retrouvait la maison avec une joie évidente, fonçant vers ses jouets pour vérifier qu’ils étaient encore là où il les avait laissés, bien groupés.

A ce moment-là, Goliath avait gardé intacte toute sa vitalité, d’autant qu’une première injection de Kidrolase, puis une chimiothérapie quelques jours plus tard, d’autres dans les semaines suivantes, avaient donné comme un petit coup d’arrêt à la maladie. J’ignorais alors que cet état de grâce ne durerait pas longtemps. Même si je savais que le traitement ne le guérirait pas, ne faisant qu’accorder un sursis plus ou moins long…

Goliath était issu d’un croisement entre un labrador et un chien d’une race géante. Du premier il avait le caractère enjoué, du second la corpulence et cette drôle de démarche chaloupée qui avait quelque chose à voir avec celle de mon Lulu, le saint-bernard mort en décembre 2015. Il était magnifique, lorsqu’il trottinait, la tête haute, son pelage sombre luisant comme une laque. Mais Goliath était encore plus généreux que Lulu dans la production d’une salive gluante qu’il laissait traîner en abondance un peu partout, y compris dans les gamelles d’eau que l’on devait changer dès qu’il y avait mis le nez.

Un jour Goliath est tombé malade. Vomissements, diarrhée… Le vétérinaire a diagnostiqué une infection digestive. En réalité c’était l’une des manifestations de son lymphome. Les antibiotiques en sont venus à bout, mais il est resté très fatigué. Sa belle énergie s’est lézardée. Il a peu à peu retrouvé de l’appétit, mais cela n’a pas duré. La mort dans l’âme, je le voyais faiblir de jour en jour, et je savais qu’on était en route pour la fin. Il m’importait que Goliath soit le plus heureux possible, pendant ces quelques semaines qui lui restaient à vivre, voire ces quelques jours. Je ne lui refusais rien. Son pas est devenu très lent, trop lent. Parfois ses pattes se dérobaient sous lui, mais il gardait son humeur joyeuse. Quelques heures avant sa mort, il voulait encore jouer à la balle, même si l’ardeur qu’il pouvait y mettre sentait le désastre.

Mais enfin, seule la vie importe. Lorsqu’elle est là, la mort n’est rien d’autre qu’une idée, une éventualité sans véritable consistance. Lorsque la mort est là, c’est la vie qui n’y est plus. L’une et l’autre ne font que se croiser. Se rencontrent-elles en un temps très court, un millième de seconde ? Qui peut le dire ? Il nous faut vivre pourtant chaque jour dans l’antichambre de cette mort dont nous savons qu’elle nous effacera à tout jamais du cadre. Et même les beaux, les riches, les célèbres, dans quelques siècles que restera-t-il de leur passage ? Un nom de rue ? Trois lignes dans un dictionnaire ? Au mieux des traces sous forme d’images, d’écrits… Et des animaux, que reste-t-il ? Rien. Rien que l’affection que quelques vivants auront portée à quelques-uns d’entre eux. Et le souvenir qu’ils en garderont. Je trouve cela injuste. C’est pourquoi j’essaie de donner une miette d’éternité à ceux que j’ai connus. Ce n’est pas grand-chose, en regard de leur confiance et de leur loyauté.

En racontant ces quelques compagnons (j’en ai encore quelques-uns à griffonner) je voudrais que l’on se souvienne d’eux un peu et aussi des légions d’anonymes qui les accompagnent. Goliath, comme beaucoup d’autres, mérite son petit panthéon. Ces lignes ont pour but de tous les y installer.

Les animaux meurent sans chichis. Goliath s’est éteint alors que nous roulions pour nous rendre chez le vétérinaire de garde. C’était le vendredi 22 juin. Il était environ 22 heures. Je crois qu’il avait sombré dans l’inconscience depuis un moment. Les quinze ou seize semaines que nous avons passées ensemble ont été marquées par la joie, la tendresse, parfois un brin d’agacement chez moi, et tout à la fin, une tristesse à la mesure de ce grand toutou, de ce chiot géant dont je garderai un souvenir doux et tiède, comme son souffle sur ma main.

Goliath n’est plus que cendres, à l’heure qu’il est. Il continuera cependant à vivre dans mon souvenir jusqu’à ce qu’à mon tour je disparaisse. Je suis une châsse pour toutes ces bêtes que j’ai aimées, tenté de protéger, maladroitement quelquefois. Elles ont été, et sont encore, mon bonheur. D’autres viendront, moins nombreuses au fil des années, mais comment envisager la vie sans elles ?

J’ai jeté les nombreux ballons égarés que Goliath avait chapardés au gré de nos promenades. J’en ai seulement gardé un, parce qu’il l’aimait bien, et aussi une balle bleue qui lui avait été offerte par une amie. Aujourd’hui, l’un et l’autre, tous seuls dans l’herbe du jardin, semblent comme orphelins…

Josée

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Deux conférences pour mieux comprendre le chien et le chat

La Griffe a eu la chance de recevoir la vétérinaire comportementaliste Nathalie Simon, accompagnée d’une représentante de One Voice  , pour deux conférences qui se sont déroulées salle Georges-Conchon, à Clermont-Ferrand. Soixante-dix personnes environ étaient présentes à chaque fois. Ci-dessous, vous trouverez la transcription des deux conférences, réalisées à partir des notes prises durant les interventions de Nathalie Simon. On peut également consulter le site de One Voice, pour Au cœur du chien et Les trésors secrets du chat.

Nathalie Simon est docteur vétérinaire spécialisée dans les petits animaux. Elle s’est rapprochée très tôt de la protection animale afin d’aider les gens à bien s’occuper de leurs compagnons. Le bien-être animal, pour elle, « ce n’est pas du marketing ». Elle a acquis une spécialisation de comportementaliste. Elle a préparé un doctorat au Québec. Son « dada », c’est la relation homme-animal. Elle travaille en collaboration avec l’association One Voice. Elle enseigne sa « méthode écologique » aux vétérinaires qui décident de se spécialiser et aux professionnels de l’éducation canine. Au centre de son enseignement, on trouvera la connaissance des animaux, qui précède à toute approche comportementaliste, et surtout la bienveillance. Pour Nathalie Simon, en effet, une éducation efficace ne s’effectue pas dans la domination mais bien au contraire dans la compréhension et la coopération. 

Les trésors secrets du chat

Les chats, pour les rendre heureux et être heureux avec eux, il faut les connaître, les comprendre, les respecter, savoir s’en occuper et les soigner. Il faut aussi savoir ce qui est important pour eux. Tout dépend de l’étape de leur développement et de leur mode de vie. Par exemple, il sera difficile de mettre en intérieur ceux qui ont connu l’extérieur, sauf ceux qui ont galéré.

Important : en intérieur ou à l’extérieur, ils doivent pouvoir grimper (certains ne savent pas), se cacher, se reposer sans être dérangés (cela est à apprendre aux enfants), chasser (inévitable), manger plusieurs fois par jour. Les chats sont des animaux semi-nocturnes, cela fait partie des choses que les humains souvent refusent, ce qui entraîne une cohabitation difficile. Le chat devient alors un élément perturbateur. Quant aux chats abandonnés ou qui vivent en extérieur, ils vont être en recherche d’un environnement abrité. C’est une situation que l’on rencontre de plus en plus souvent.

Le chat concevra la présence des humains comme favorable ou au contraire défavorable s’il lui est arrivé d’avoir été maltraité ou menacé. Il est essentiel de savoir observer le chat et de partir de ces observations pour bien se comporter avec lui. C’est quelque chose de fabuleux, à condition de ne pas s’encombrer de préjugés.

Les chats sont prêts à se reproduire à l’âge de six mois. Ils sont sportifs, faits pour l’action pendant une longue période de leur vie. Leur santé peut se dégrader à partir de l’âge de six ou sept ans. Il faut pouvoir imaginer et anticiper ce qu’il se passera (problèmes de mobilité par ex.).

Un chat qui a manqué de nourriture aura peur de manquer de nouveau. Il peut devenir « un chat qui vole ». La solution, c’est de mettre la nourriture en libre service.

Il ne faut surtout pas envahir le chat. Pas mal d’enfants le font. Il est nécessaire de leur apprendre à « mériter » le chat. A caresser les zones du corps que l’animal accepte que l’on touche. Surtout à ne pas lui faire mal. Il ne faut pas trahir un chat, en proférant des menaces à son endroit, ou en lui imposant des jeux idiots qu’il ne comprend pas. Il vous rendra votre sollicitude si vous vous comportez bien avec lui.

Tout cela, il faut le comprendre et l’accepter. Quant aux solutions punitives, il faut les proscrire absolument. Non seulement elles sont inefficaces, mais elles ne peuvent que rendre une situation problématique encore plus difficile à gérer.

Leur santé. Il y a un budget à prévoir lorsqu’on a un chat. Si cela n’est pas fait, il se retrouve très vite en déficit de soins. Dès la première année, il y aura beaucoup de choses à gérer (vaccins, parasites, etc.). Les labos augmentent sans arrêt leurs tarifs mais il est difficile de ne pas en passer par là. Il faut éviter d’acheter des produits n’importe où, il est préférable de passer par les vétérinaires. Quant aux huiles essentielles, mieux vaut les oublier : elles ne sont pas très efficaces, en revanche elles ont une odeur très forte que les chats supportent mal. Dans la population féline, des maladies virales se développent. Les vaccins sont efficaces. Dans les refuges, cela est rendu plus difficile compte tenu du confinement. Il convient d’utiliser régulièrement les antiparasitaires (contre les parasites internes et externes, y compris le ténia transmis par les puces). L’antipuce doit être adapté à l’âge et au poids. La vaccination peut survenir dès l’âge de deux mois. Les chats sont souvent victimes de traumatismes : à l’intérieur (ils tombent souvent depuis les étages) et aussi à l’extérieur. Il faut le savoir afin de l’éviter.

Les soins : il s’agit d’un travail à réaliser déjà sur le chaton. Il doit apprendre à être manipulé et à être stable lorsqu’il est en situation de contention. Inutile d’attendre que le chat soit malade pour se réveiller. Cela risque de poser quelques problèmes.

Il est important de lui apprendre très tôt la caisse de transport qui sera utilisée lors de tous ses déplacements sans exception.

La maltraitance. Il ne faut pas laisser un chat seul pendant plusieurs jours d’affilée, même avec une gamelle pleine. Ce genre d’habitude n’est pas bon, et il ne faut pas le laisser s’installer. A l’extérieur, il sera en danger. A l’intérieur, il faudra que quelqu’un vienne le voir chaque jour. De toute façon, il est nécessaire de faire en sorte qu’il soit en sécurité, et lui donner les moyens de s’adapter à cette nouvelle situation. Il y a des gens qui mettent leur chat dehors sans qu’il ait le moyen de rentrer lorsqu’il en éprouve le besoin. Il faut savoir qu’un chat est une proie potentielle. On peut avoir recours à une pose de chatière : ce n’est pas toujours facile, mais il faut en mettre au moins une. Il faut que le chat puisse rentrer lorsqu’il se trouve à l’extérieur. Quant à mettre de la nourriture dehors, ce n’est pas une bonne idée : c’est la meilleure façon d’attirer tous les chats du quartier.

Lors de conflits, les cris, les menaces, les pulvérisations ne sont pas du tout efficaces avec le chat. Cela peut même générer de la peur.

La nourriture et la propreté. Si l’on a recours à l’alimentation industrielle, j’encourage les marques thérapeutiques. Quant aux souris, elles représente un aliment de choix pour les chats. Ils y trouvent tout ce qu’il leur faut (mais inutile de compter sur les souris pour nourrir votre chat NDR). Il est bon de donner de la nourriture en libre service. Je conseille de placer la nourriture en hauteur, sur un arbre à chats, par exemple. Il est déconseillé de donner à un chat l’accès à votre propre nourriture, car il aura ensuite tendance à se mettre à voler.

La propreté est naturelle chez le chat, mais il faut un lieu adapté. La litière agglomérante, c’est un nid à microbes, elle est déconseillée lorsqu’il y a plusieurs chats. La litière doit être accessible facilement, mais placée dans un endroit tranquille, loin de sa nourriture. Si le chat a l’habitude de faire ses besoins dehors, on peut mettre un peu de terre dans la litière pour l’habituer.

Le chat a des poils, il en perd et les sème allègrement. Il pose également ses pattes partout. Cela doit être accepté. Si l’on veut bien qu’il soit là mais que, par ailleurs, on lui pose des contraintes, tout ira de travers. C’est nous qui devons aménager notre environnement à son mode de vie, et non le contraire. Si l’on n’est pas en mesure d’accepter cela, mieux vaut ne pas prendre de chat.

L’identification. Trop de chats arrivent blessés chez des vétérinaires alors qu’ils ne sont pas identifiés. Il est alors quasi impossible de retrouver leur maître. L’identification est obligatoire, mais la loi n’est pas respectée.

La stérilisation. La stérilisation des chats est un point très important. Des maladies, dont la FIV, se transmettent lors de tous les processus liés à la reproduction. Par ailleurs, laisser faire des portées est un mauvais plan : on n’arrive souvent pas à placer tous les chatons. La stérilisation est un moyen efficace de prévention contre les tumeurs mammaires et les infections de l’utérus.

Il est important que la stérilisation soit pratiquée, chez les mâles comme chez les femelles, avant l’âge de six mois, et pour les chattes nécessairement avant Noël (au solstice d’hiver, la lumière commence à augmenter et c’est le signal que les chaleurs peuvent reprendre). Dès que les chats atteignent le poids de 2 kg, ils peuvent être stérilisés (à l’âge de 5 mois/5 mois et demi).

La vie commune. Que ce soit avec d’autres chats, ou des chiens, il s’agira d’organiser la transition.

Adoption. Après une adoption, il est préférable de laisser le chat enfermé pendant une durée variable. Il faudra lui apprendre à revenir lorsqu’il sera dehors, en lui donnant à manger dès qu’il revient. Il est important pour les chats aussi de travailler le rappel.

La socialisation des chats. L’idéal est qu’il soit resté avec sa mère au moins jusqu’à l’âge de deux mois, ou bien qu’il y ait d’autres chats avec lui. Le biberonnage et le maternage trop marqués rendent le chat trop dépendant de l’humain. Lorsqu’il y a une fratrie, si les chatons sont stérilisés très tôt, l’entente pourra persister.

Attention aux apprentissages confus : lorsque vous faites jouer le chat, ne vous substituez pas à une proie en jouant avec les pieds ou les mains. Ce sont des situations que l’on rencontre de plus en plus fréquemment. Il ne faut pas jouer avec le chat, mais créer pour lui les conditions du jeu.

Portées : attention aux enfants qui se servent des chatons comme on se sert d’un jouet. Cela peut entraîner des problèmes d’agressivité envers l’humain. Le chat se comportera plus tard avec lui comme s’il s’agissait d’une autre chat.

Un chat semi-sauvage est un chat qui n’a pas eu de contact avec l’humain pendant les six premières semaines de sa vie. Ils pourra être sociabilisé, mais ils le sera uniquement avec la personne qui l’aura nourri.

Dominance : ce n’est même pas la peine d’y penser dans le cas du chat. C’est une proie potentielle. Il ne va pas s’installer parce qu’il veut dominer. Ce qui est important chez lui, c’est la notion de confort. Il va se construire des repères. Il aura ses zones (repos, observation…). Lorsqu’il y a plusieurs chats, cela n’entraîne pas forcément des conflits. Les conflits cependant peuvent survenir dans les zones de croisement. Là les relations vont se modifier. Il faut leur proposer des lieux adéquats et là, ils sauront se débrouiller.

Cohabitation entre chats : lorsqu’ils sont trop nombreux, cela peut poser des problèmes. Les conflits chez les chats ne se rétablissent pas facilement. Ils ne sont pas faits pour vivre en groupe.

Il ne faut jamais laisser un chien avoir des conduites offensives envers un chat, même si cela ressemble à un jeu. Et surtout pas de jeu de course.

L’enjeu c’est évidemment de les rendre heureux, de respecter leurs besoins essentiels, pour cela il est nécessaire de connaître leur rythme de vie. Quand on sait faire tout cela, on a un super chat. Lorsqu’on pénètre dans le domaine de la protection animale, on voit trop de chats en souffrance. Mais il est essentiel de se souvenir au moins de cela : un chat n’apprendra jamais de force. Il vous obligera à réfléchir.

Quant aux solutions proposées sur Internet : elles sont à éviter absolument, on y trouve des tas d’horreurs !

Au « cœur » du chien

Un constat : les abandons de chiens sont en augmentation, les demandes d’euthanasie auprès des vétérinaires également. J’ai essayé de trouver des moyens pour que, derrière le placement d’un chien, il y ait des conditions optimales.

Souvent les maîtres imposent au chien de très longues périodes d’absence, à cause de leur boulot. Parfois le chien pose certains problèmes lorsque l’on part. Il aboie ou fait des bêtises. C’est la logique d’apprentissage et de communication qui va régler cela.

Les solutions aux problèmes qui peuvent se poser sont dans la pédagogie. C’est au Québec que j’ai appris la « méthode écologique ». A présent, j’essaie d’aider au quotidien les éducateurs canins.

En une heure, on ne pourra pas tout expliquer. Nous allons reprendre le même plan que pour « Les trésors secrets du chat ». Il faut être assez pertinent dans la connaissance que l’on a du chien.

Quant aux détenteurs, on trouve chez eux moins de négligence que chez les propriétaires de chat. Globalement, les chiens sont bien médicalisés. La domestication du chien a eu lieu il y a 14.000 ans. Depuis, il vit auprès des humains. Il aime cela. Il nous reste juste à bien nous occuper de lui.

Les maîtres-mots quand il s’agit des chiens : partage, complicité, coopération.

Partage. Les chiens peuvent partager entre eux. Ils aiment vivre auprès des autres, même éventuellement auprès d’autres animaux, comme les chats. Il est essentiel de préserver la confiance naturelle qu’un chien nous porte. Il ne comprendra pas la trahison. Il faut se préoccuper de savoir s’il comprend bien ce qu’on lui dit.

Complicité. C’est quelque chose qui se construit, cela peut commencer très tôt. Si on met bien en place les éléments de la relation, il n’y aura pas de risque et cette complicité n’aura pas de limite. Quand les enfants prennent l’habitude de s’occuper du chien comme il convient, ensuite tout est facile.

Coopération. Elle s’obtient en faisant ce qui se trouve aux antipodes de la recherche de soumission et des menaces. Il y a des races spécialisées dans la chasse ou la garde. A l’origine, l’humain cherchait un chien utile. Aujourd’hui les chiens ne travaillent plus, ils aimeraient bien mais on ne leur demande rien. Par conséquent il faut trouver d’autres activités à partager avec eux. L’activité essentielle, pour les chiens, c’est la promenade. Mais la promenade ce n’est pas le jeu. Le jeu ne peut pas remplacer la promenade. Pendant celle-ci, il devra pouvoir renifler, sentir le sol, pister, avoir la possibilité d’être en liberté. Les balades, c’est par tous les temps, tout le temps, même quand il pleut, et tous les jours. Un jardin, aussi vaste soit-il, ne peut compenser l’absence de promenades. Un chien est heureux quand il accompagne son maître. S’il ne peut pas suivre, il faut le lui dire clairement, et ceci bien avant de partir. Il faut lui apprendre à attendre patiemment. On peut tout de même obtenir la coopération dans l’inactivité.

Il faut connaître les chiens et comprendre ce qui est important pour eux. Attention aux étapes de développement, aux étapes de vie. Il faut pouvoir répondre à leurs besoins particuliers.

Ce qui le rend malheureux. Le remettre à « sa place de chien », c’est-à-dire l’écarter de la vie de famille ; être rejeté et menacé ; être mis en situation de soumission ; ne pas parvenir à faire comprendre à l’humain son attachement et sa fidélité. Le chien est heureux quand son environnement est cohérent. Ce qui ne lui va pas, ce sont les incohérences. Ce qui va le rendre malheureux c’est d’être rejeté, menacé  ou frappé alors qu’il se trouve dans son panier, ou bien être enfermé sans comprendre ce qu’il lui arrive, ou bien être puni parce qu’on se met à lui interdire ce qu’on lui autorisait avant, ou bien encore ne pas comprendre le départ de son propriétaire : il aura peur qu’on l’abandonne à nouveau, et si on le fâche on crée un cercle vicieux. Les incohérences au quotidien : on dit tout et son contraire. L’utilisation de son nom pour le disputer. L’utilisation du même mot pour l’appeler et le réprimander. Le rappeler sur un ton de voix menaçant, ou avec des cris. En gros quand on n’est pas cohérent dans notre communication.

Prendre un chien par la peau du cou pour le soulever « parce que la mère le fait » est une attitude erronée. L’humain a interprété et déformé le comportement de la mère. Les chiots ont peur de la main qui approche et les secoue. On n’a pas besoin de ça pour obtenir ce que l’on veut. On trouve ensuite dans les refuges des animaux qu’on ne peut pas toucher. De même il ne faut pas menacer avec des outils, des baguettes, des martinets, des sprays. Quant aux colliers électriques, ils détruisent les neurones. On va inhiber le chien, mais ce n’est pas pour cela qu’on obtiendra des résultats.

Ce qui le rend heureux. C’est un animal très relationnel, il demande que l’on s’occupe de lui, et qu’on se préoccupe de lui dans le respect, la considération et l’affection. Pour un chien, l’important c’est de se rendre utile.

Ce qu’il faut faire : construire des apprentissages sociaux favorables et cohérents, mais ne pas provoquer de confusion des espèces, on rencontre de plus en plus ce genre de problème. Avant trois ou quatre mois, on a des chiens qui vont sauter sur l’humain comme s’il s’agissait d’un autre chien. Il ne faut pas développer de jeux confus avec le chien, et en ce moment c’est ce que l’on fait. Le problème de hiérarchisation va se construire à la fin de la puberté. Il ne faut pas construire de hiérarchisation directe. L’obéissance du chien ne doit pas être sollicitée pour régler un problème lorsqu’il s’en présente un, mais doit être à la base de la relation.

Les chiens ont besoin de comprendre l’espace qui les entourent, ce qu’il peuvent utiliser et ne pas utiliser. Il ont besoin d’un endroit qui est sécurisé. Le problème se pose avec les chiens de sécurité, ce que l’on rencontre de plus en plus souvent. Ils n’ont pas accès à la maison, surtout quand ce sont des gros chiens, parce qu’ils sont salissants. Du moment que l’on respecte le chien, que l’on s’intéresse à lui, tout va bien, qu’il soit dehors ou sur le canapé ou dans la buanderie. Et ce n’est pas parce qu’il y a des enfants à naître qu’il faut abandonner le chien.

Sur Internet, on trouve des conseils comme « ne pas parler à son chien lorsqu’on s’en va », mais il ne faut pas le prendre pour un con. Quand on passe la porte, il faut lui faire comprendre qu’on revient. Les choses sont assez simples si on se met à la place du chien.

Pas de punition, pas de menaces, mais pas de laxisme non plus. Il faut expliquer ce que l’on va faire et le faire. Lui dire clairement ce qu’on attend de lui et l’encourager lorsque c’est difficile.

Si on lui apprend à ne pas bouger sans le punir, on pourra tout faire avec lui. Avec un chien, il faut montrer de la bienveillance et de la cohérence.

Choix de la race : elle doit être adaptée à son environnement et à son mode de vie. Beaucoup de chats sont tués par des chiens, il faut faire très attention à ça.

Les jeux. En ce moment, on relève des problèmes au niveau des élevages. Dès deux mois, dans les élevages familiaux, les chiots sont appelés à jouer beaucoup avec les enfants. Ils jouent donc beaucoup et souvent. Mais attention : quand l’enfant prend le chiot pour un jouet, ça se passera mal ensuite. Il est préférable de prendre un chiot qui a été élevé dans le calme.

Attention aux jeux. Il y a de gros problèmes avec les jeux actuels pour occuper le chien dans les maisons. Ceux qui incluent de la nourriture, par exemple. C’est très difficile à récupérer. Cela fait des chiens qui détruisent et qui volent. De même, si le chien apprend à sauter pour dire bonjour, il le fera tout le temps.

Enfin, il faut éviter absolument les jeux qui vont renforcer le mordant du chien, ceux lors desquels ils saute, il se pend, etc. A partir de trois ans, il risque une rupture des ligaments, et il aura le dos en compote. Il n’est pas bon de forcer de trop sur le côté sportif du jeu. D’une manière générale, les jeux avec les dents sont à proscrire. Le meilleur des jeux d’occupation, c’est la promenade, tout simplement. Quand l’espace le permet, on peut aussi exercer le lancer de balle.

Finalement, pour être heureux avec un chien, ce n’est pas difficile. Quand on lui donne quelque chose, il le rend au centuple.

Propos recueillis par Josée Barnérias

 

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Canaille ou la chronique d’une mise à mort annoncée

C’est une histoire où la froideur administrative le dispute à la lâcheté et au renoncement. Un petit chien, Canaille, est mort dans des conditions d’autant plus sordides qu’il se trouvait dans un refuge animalier où non seulement rien n’a été tenté pour le sauver, mais encore où une fin inéluctable était programmée d’avance.

Le 26 octobre 2016, un homme était retrouvé mort dans son véhicule, sur un parking de la ville d’Issoire, dans le Puy-de-Dôme. A côté de lui, un chien. D’après les premières constatations, et aussi grâce au témoignage de la personne qui avait donné l’alerte, on était en mesure de penser que le décès était survenu au moins quinze jours plus tôt. Depuis environ deux semaines, en effet, on entendait dans le quartier des aboiements en continu dont on ne savait d’où ils provenaient… En eût-on cherché l’origine, il est probable qu’on l’eût trouvée…

Il semble alors que le fait qu’il ait « mangé de la chair humaine » faisait de lui un monstre…

On ignore tout des circonstances du décès de cet homme, on ne connaît ni son nom ni son âge. Et ce n’est pas ici le propos. En revanche, un court article sur le journal local faisait état de la présence d’un « chien de petite taille », qui avait « en partie dévoré » l’homme qui, selon toute vraisemblance, était son maître. Il était ajouté que le chien « devrait être accueilli dans un refuge avant d’être euthanasié ».

Notre attention a été attirée par la formulation de l’article. En effet, il est logique dans pareil cas que le chien soit transféré dans une fourrière (en l’occurrence, c’est un refuge animalier du secteur, SOS Animaux, qui sous-traite le service fourrière de la Ville d’Issoire). Mais pourquoi, sans qu’il soit fait état d’une réquisition officielle, que ce soit de la part du maire ou du procureur de la République, présumer que cet animal sera de toute façon condamné à mort ? Nous avons trouvé cela pour le moins surprenant. Et que lui reprochait-on ? Il fallait que nous en sachions davantage sur les circonstances de cet événement. Pour nous, à La Griffe, il était en effet hors de question de laisser mettre à mort un chien sans que l’on en connût les raisons.

lg-pinscherL’article du journal était paru le 27 octobre, mais nous n’en avons pris connaissance que le lendemain. Nous avons donc, le vendredi 28, appelé le refuge SOS Animaux pour avoir quelques informations. Nous avons appris qu’il s’agissait d’un pinscher nain * (tel que celui qui apparaît sur la photo à gauche), et que, « de toute façon, il serait euthanasié ». Impossible de savoir exactement pourquoi. Il semble alors que le fait qu’il ait « mangé de la chair humaine » faisait de lui un monstre…

Car, pour survivre, le chien avait dû se mettre sous la dent ce qu’il y avait à sa portée… Depuis quand le fait de consommer de la chair morte, fût-elle d’origine humaine, est-il passible de la peine de mort ? La plupart des gens mangent tous les jours des animaux morts, et l’on n’en fait pas tout un plat. Dans l’autre sens, il semble que la chose ne soit pas admise. Le plus étonnant, c’est qu’une association de protection des animaux pût prêter foi à des idées reçues d’une telle grossièreté.

Qu’importait. Nous avons dû nous contenter des quelques mots que l’on avait bien voulu nous lâcher, le refuge, apparemment, n’étant pas disposé à communiquer sur cette histoire.

Nous rappelions tout de même le lendemain, le samedi, avant le long week-end de Toussaint qui s’annonçait. On nous répondait sans beaucoup d’enthousiasme, sur un ton à la limite de la discourtoisie. C’était évident, nos questions gênaient, pourtant, tout ce que nous voulions, et nous l’avons clairement exprimé, c’était sauver ce petit chien qui, jusqu’à preuve du contraire, ne s’était rendu coupable de rien d’autre que d’avoir voulu survivre (à moins qu’il ne fût établi que c’était lui qui était à l’origine de la mort du monsieur, ce qui évidemment n’était pas le cas). Cette fois, la personne que nous avons eue au bout du fil évoquait des « risques sanitaires » dont on se demandait bien quelle aurait pu être leur nature… Et puis, tout à trac, la même personne nous déclarait que l’avis des services vétérinaires de la DDPP (Direction départementale de la protection des populations) allait être sollicité… Étrange, et inhabituel, comme démarche, mais soit.

Nous savions que le chien allait être gardé en fourrière pendant deux semaines. Lors de ce séjour forcé, un vétérinaire devrait par trois fois l’examiner pour vérifier qu’il n’était pas atteint de la rage… Précaution compréhensible mais, en l’état, assez ridicule…

Il nous fallait absolument créer un dialogue avec les responsables du refuge qui ne semblaient pas du tout être sur la même longueur d’ondes que nous. Nous décidions alors d’adresser un courrier postal, en envoi recommandé, à la présidente du refuge, afin d’être sûrs qu’elle nous lise. Le lundi 31 octobre, la lettre était envoyée. Nous y écrivions, en substance, ceci : « Nous, à La Griffe, trouvons injuste que ce chien soit sacrifié pour de mauvaises raisons. Votre association jouit d’une excellente réputation. Ne la ternissez pas en commettant un acte qui risquerait bien de jeter une ombre sur vos actions, par ailleurs irréprochables.

Je vous propose très solennellement par la présente de prendre ce petit chien en charge dès sa « levée d’écrou », à moins que quelque fait nouveau ne s’y oppose, ce dont vous ne manquerez pas, je n’en doute pas, de m’informer. Cette prise en charge dégagerait SOS Animaux de toute responsabilité. »

La responsable de l’association nous apprenait alors ce que l’on ne nous avait pas dit jusque là : le pinscher se montrait « agressif »…

Ce que nous proposions était en fait impossible à obtenir, car nous apprenions alors qu’un animal ne pouvait être confié par un refuge à une autre association qu’à la condition expresse que cette association soit également gestionnaire d’un refuge. Nous pensions alors pouvoir nous mettre en quête d’un(e) adoptant(e).

La semaine devait passer sans que nous n’obtenions d’autres informations. Le samedi 5 novembre, nous rappelions le refuge dès l’ouverture, à 14 heures. Et, enfin, la présidente nous rappelait, à notre demande, vers 17 h 30. Conversation polie, sans plus. La responsable de l’association nous apprenait alors ce que l’on ne nous avait pas dit jusque là : le pinscher se montrait « agressif »… Pour elle, il allait de soi qu’il était impossible de placer un tel chien, sous peine de risquer d’avoir de gros ennuis au cas où il mordrait quelqu’un…

Evidemment, l’argument était de taille sans doute à nous déstabiliser, voire à nous décourager. Ce ne fut pas le cas, parce que nous avions conscience que ce qui avait été vécu par cet animal, et ce qui avait suivi (la capture par les pompiers, l’enfermement dans des conditions que nous supposions difficiles) était en mesure de créer des troubles du comportement qui pouvaient ne pas être irréversibles. Une chance, pensions-nous, devait être laissée à ce chien qui avait déjà beaucoup souffert. Et puis il y avait ce symbole : nous n’étions pas sûrs que la véritable raison que le refuge avait de vouloir s’en débarrasser n’était pas d’ordre irrationnel. Il n’était pas question de laisser des considérations obscurantistes, archaïques, des croyances infondées prendre le pas là où il est question de cause animale. Une cause, quant à nous, que nous estimons à la pointe de l’évolution des mœurs, inséparable de l’intelligence et de la réflexion qui devraient avoir cours dans toute entreprise humaine…

Lorsque nous avons raccroché, nous n’étions pas plus avancés. Décidément, le dialogue avait peine à s’instaurer, si toutefois il fût instaurable, ce dont ce qui a suivi devait définitivement nous dissuader.

Le lundi 7 novembre, puis le mercredi 9, nous risquions de nouveau un coup de téléphone pour demander des nouvelles du petit chien et proposer notre aide pour une éventuelle solution. L’on nous répondait sans la moindre ambiguïté et sur un ton excédé que cette histoire « ne nous regardait pas » et que le refuge « ferait ce qu’il voulait ».

Nous n’allions pas nous satisfaire de cette sortie qui nous semblait impolie et injuste. Aussi, le lundi suivant, le 14 novembre, par une journée d’automne froide, sombre et humide comme un tombeau, une petite équipe de trois personnes de La Griffe se mettait en route pour le lieu-dit La Prade, sur la commune du Broc, où se trouve, en bordure de route, le refuge SOS Animaux. Logiquement, le petit chien avait terminé son « séjour » en fourrière et aurait dû être transféré dans la partie « refuge » du site. Nous étions bien décidés à demander à le voir.

En fait, il était terrorisé, et essayait de m’impressionner pour me faire fuir

En arrivant dans le petit local qui fait office d’accueil, nous ne savions trop à qui nous adresser, trois ou quatre personnes étant présentes. On était un peu dans la situation de Jeanne d’Arc déboulant au château de Chinon pour y débusquer le roi planqué parmi les courtisans. A la cantonade, nous demandions poliment, et après nous être présentés, de pouvoir nous entretenir avec un ou une responsable du refuge. Il se trouvait que la vice-présidente était là. Après avoir échangé quelques mots sur la raison de notre visite, elle nous répétait que le chien était agressif, qu’un refuge, en région parisienne, avait eu de gros ennuis car l’un des chiens qu’il avait fait adopter, un bull-terrier, avait mordu ses adoptants, etc. Nous lui faisions remarquer qu’un pinscher n’est pas un bull-terrier… A notre grande surprise, elle acceptait de nous faire voir le chien, nous conduisant dans un endroit un peu isolé du refuge où se dressaient quelques box. La section fourrière. Arrêt devant un box grillagé sur la porte duquel était inscrit « Canaille ». Je demandais à notre guide si c’était bien le nom du chien. Elle répondit par l’affirmative. On l’appelait. Mais Canaille restait obstinément invisible, là-bas, dans le réduit sombre au fond du box, dont le bas de la porte en bois était en grande partie rongé par les pensionnaires qui avaient dû se succéder au fil des années et ne pas trouver la prison à leur goût. Je prenais alors l’initiative de pénétrer dans le box, malgré les mises en garde de la dame. J’entrouvrais la porte. Canaille était là, dans cette semi-cave obscure et insalubre, couché dans une corbeille en plastique bleu. Couché ? Pas vraiment, car dès qu’il me vit, il se dressait courageusement sur ses pattes, aboyait et grognait tout en montrant ses crocs, qui étaient immaculés, d’où je conclus que le chien devait être jeune. Mais il n’avançait pas. En fait, il était terrorisé, et essayait de m’impressionner pour me faire fuir. Je lui parlais, pendant deux ou trois minutes, et puis il se calma.

Il n’était ni opportun ni utile de prolonger cette visite dont je sentais qu’elle n’augurait rien de bon. Je faisais tout de même remarquer à notre guide que les gamelles du chien étaient vides : ni eau ni nourriture. Que les conditions de détention n’étaient pas excellentes. Elle encaissait. En fait, je crois que ces box ne sont pas chauffés, comme ils devraient l’être dans un refuge où l’on se soucie d’installer un confort minimum pour les pensionnaires, d’autant plus qu’en Auvergne, les hivers sont souvent rigoureux. Un pinscher, du fait de son poil ras, est très sensible au froid. Nous ravalions le malaise et le chagrin qui ne demandaient qu’à nous submerger, et nous prenions congé.

Cette visite nous avait également renseignés sur un point que nous ignorions. Il n’y avait pas vraiment de réquisition d’euthanasie pour ce chien, mais ce n’était guère mieux, car sa mise à mort était soumise au bon vouloir du refuge, ou du maire. Or, le maire d’Issoire n’est autre que le vétérinaire du refuge… Un peu comme si un juge remplissait également les fonctions de bourreau. Et ce vétérinaire-là est également inscrit sur la liste de ceux qui, dans le département, sont habilités à faire passer des tests d’évaluation comportementale dans le cas de chiens présumés dangereux… La situation s’annonçait délicate, d’autres éléments, que nous ne divulguerons pas, nous installaient dans cette certitude.

Un refuge peut-il se substituer à une fourrière sans y laisser une part de son éthique, de sa vocation ?

Le mercredi 16 novembre, à 15 h 24, un courriel était envoyé au maire d’Issoire, dans lequel nous déclarions ceci : « Quant à nous, rien ne pourrait nous être plus réconfortant qu’une issue heureuse à cette terrible histoire et nous nous engageons à aider SOS Animaux à trouver un(e) adoptant(e) fiable, aux conditions qu’exigera SOS Animaux, de façon à ce que, si ce chien devait présenter par la suite des troubles du comportement, cela ne soit en aucun cas reproché à l’association gestionnaire du refuge. » Nous ne pouvions être plus clairs…

Et c’est le lendemain, en fin de matinée, qu’un coup de téléphone de la présidente de SOS Animaux, dont nous avions attendu toute la semaine qu’elle nous contacte, nous apprenait la nouvelle : Canaille avait été « euthanasié ». Stupeur, et puis non. Parce qu’il était évident que, depuis le début, nous avions affaire à des gens qui ne feraient rien pour tenter de sauver cette pauvre bête. Question d’amour-propre, ou plutôt d’orgueil ? Peut-être. Canaille avait été brisé comme un jouet que l’enfant capricieux préfère casser plutôt que de voir un autre gosse s’en emparer… Qui sommes-nous, nous, La Griffe, petite association toute nouvelle sur le secteur, pour prétendre dicter à un refuge qui a depuis longtemps assis sa notoriété, la façon dont il doit se conduire ? Ou alors peur de se voir reprocher d’avoir lâché dans la nature un « monstre » mangeur d’homme ? Tout est possible. Nous n’obtiendrons jamais aucune explication à cette attitude qui nous a paru indigne de gens qui prétendent protéger et secourir les animaux.

A ce sujet, une question se pose avec beaucoup d’acuité : un refuge peut-il se substituer à une fourrière sans y laisser une part de son éthique, de sa vocation ? Je le pensais, avant, il y a longtemps. Je ne le pense plus aujourd’hui. Je crois que les deux fonctions sont divergentes. La vocation d’une fourrière professionnelle, ce qui n’empêche en rien « l’humanité » de ceux qui y travaillent contre un salaire, est d’assurer l’ordre public en accueillant les animaux qui errent sur la voie publique ou sont réquisitionnés pour des questions de dangerosité, par exemple. Une fourrière est comme une prison, lorsqu’on y entre on ne sait quand on va en sortir, ni dans quel état. Les murs des fourrières sont absolument opaques et rien ne doit en principe filtrer de ce qu’il s’y passe. C’est un lieu où les états d’âme ne font pas partie du travail et dont les décisions sont soumises à une administration, une collectivité, celles-ci étant prestataires de service. Un refuge, c’est différent. Un refuge, c’est un abri, un havre, un recours… Un refuge, c’est fait pour accueillir, pour aider, pour sauver, pour respecter et pour aimer aussi. Enfin, ce devrait… Ce devrait aussi être géré par des gens chez qui l’empathie et la compassion tiennent lieu de ligne de conduite. Bien sûr, il n’est pas interdit d’être réaliste, car parfois la réalité tape fort sur les convictions, sur les bonnes intentions, et peut les réduire en charpie si l’on n’est pas assez fort pour la tenir en respect. Mais il est clair que fourrière et refuge sont assez antinomiques…

L’histoire de Canaille illustre bien tout cela. Il y a un an et demi, La Griffe avait sorti d’une fourrière un chien qui avait dû subir une situation analogue et qui aurait bien pu être condamné à mort. Le traitement qui lui avait été réservé, au sein des locaux de cette fourrière « professionnelle », était plus humain que celui qui a été infligé à Canaille.

Nous sommes déçus et blessés de n’avoir pas réussi à sauver Canaille, mais également de n’avoir pu engager avec l’équipe de SOS Animaux un dialogue basé sur l’intelligence et le respect, à défaut de bienveillance. Dommage pour lui, et dommage pour nous tous, qui croyons chaque jour nous battre pour que le monde soit moins méchant…

Josée Barnérias

∗ Le pinscher est un chien nain qui, à l’origine, a été créé pour éliminer les nuisibles et, en particulier, les rats. Dans sa région natale, en Allemagne, ce chien est connu sous le nom de Zwergpinscher. Ces chiens sont communicatifs, joueurs, énergiques, amicaux, futés, réceptifs. Ils font environ 25 ou 30 cm au garrot.

La Griffe a mis en ligne une pétition pour exiger « la transparence dans les fourrières »…

 

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Gérard Charollois, un « homme de mieux » invité par La Griffe

(Ré)écouter la conférence (en deux parties) : 

 

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Gérard Charollois est bien un « homme de mieux », pour reprendre une expression qu’il emploie souvent. Le président et fondateur de la Convention Vie et Nature (pour une écologie radicale) était, le samedi 12 novembre 2016, l’invité de La Griffe.

« Autant l’avenir est incertain, autant l’avenir immédiat est inquiétant »

Il a animé, devant près d’une centaine de personnes, une conférence-débat intitulée L’arbre, l’animal et l’homme : la grande querelle du biocentrisme. Cela se passait dans la salle Georges-Conchon, confortable et accueillante, que la Ville de Clermont-Ferrand avait gracieusement mise à la disposition de l’association. Ces quelques heures passées en compagnie de Gérard Charollois ont été, pour certains, la découverte d’idées neuves poussées sur le terreau de la connaissance et de la bienveillance, une sorte de révélation, et pour d’autres la confirmation de ce qu’ils savaient déjà : les convictions véhiculées par cet homme de grande sagesse et de grande culture nous aideront à trouver la voie vers une société meilleure, plus juste, où les références ne seront plus de l’ordre de l’exploitation, du profit, de la croissance effrénée et des mensonges, mais de l’éducation, de la bienveillance, du progrès véritable, celui qui consiste à abolir la souffrance et la violence qui actuellement président trop souvent aux entreprises humaines… Une utopie ? Peut-être, mais comme dit le philosophe, une utopie, c’est quelque chose qui ne s’est pas encore réalisé.

Cela dit, Gérard Charollois ne manifeste pas un optimisme béat. Son discours est loin d’être irréaliste : « Autant l’avenir lointain est incertain, autant l’avenir immédiat est inquiétant », a-t-il annoncé. Et encore : « Même si l’on est sur le Titanic et que tout cela doit mal finir, il ne faut pas que cela vienne de nous. Nous devons agir dans le respect des êtres. »

img_1735Gérard Charollois, magistrat de profession, est un être respectueux. La justice, chez lui, est plus qu’un métier, c’est comme une seconde nature. Il rend à César… En l’occurrence, puisque c’est une association animaliste qui l’avait invité, il a eu l’extrême courtoisie de commencer son propos en parlant de la condition animale, en citant d’abord Jeremy Bentham (« La question n’est pas : peuvent-ils raisonner ? peuvent-ils parler ? Mais peuvent-ils souffrir ? ». Les animaux, en tant qu’êtres vivants, n’ont aucune raison d’être soumis à la souffrance. Pour Gérard Charollois, c’est là le degré zéro de l’éthique, une chose que tout le monde peut comprendre. « Mais le chasseur, le tauromaniaque, ne le savent pas ». La chasse et la corrida sont les ennemies majeures de ce militant infatigable de ce que l’on appelle l’écologie radicale. Celle-ci ne se borne pas à donner des recettes de bonne conduite environnementale, mais invite à une réflexion sur notre façon de traiter le vivant. Il balaie l’argument qui consiste à dire que l’homme va déjà si mal qu’il serait bien superflu de s’intéresser aux bêtes, arguant du fait que la souffrance des uns n’a jamais atténué en rien celle des autres. La loi désormais donne à l’animal le statut d’être sensible. « C’est une évidence, mais on n’en pas encore tiré les conclusions qui s’imposaient. »

« Ce n’est pas la performance qui doit fonder la dignité des êtres »

Les idées que véhicule le discours de Gérard Charollois sont, elles aussi, de l’ordre de l’évidence. Mais comment se fait-il qu’on ne soit pas plus nombreux à y adhérer ? La notion de progrès passe par les connaissances que l’être humain a accumulées depuis des millénaires. Depuis un siècle, ces connaissances « sont complètement bouleversées ». « La génétique nous appris que nous sommes très proches des autres animaux. On a appris beaucoup des grands singes qui sont nos cousins. Un propre de l’homme, et un propre de l’animal, cela ne veut rien dire. » Élever la condition animale, ce n’est pas rabaisser la condition humaine. « Ce n’est pas la performance qui doit fonder la dignité des êtres. »

C’est un leitmotiv dans le discours de Gérard Charollois, toute activité, toute relation, y compris bien sûr avec les autres animaux, doit être fondée sur le respect. Le droit à vivre et à ne pas être tourmenté est imprescriptible et s’adresse à tous sans exception. L’homme profite de sa situation de force pour « cancériser la terre entière ». Le terme est dur, la complaisance absente. « Sommes-nous nuisibles ? Pas nécessairement. Je pense que l’homme peut se réconcilier avec la nature. Etre le maître, pourquoi pas ? Si l’on est un maître bienveillant… » L’on pourra objecter que la situation de dominance peut inviter sournoisement aux excès de domination… A moins que la nature fondamentale de l’homme ne se bonifie à tel point que ce soit la bienveillance qui la caractérise. Il y a peut-être encore un peu de chemin à faire… « Le jour où l’on a inventé le feu pour se chauffer, on a aussi inventé le bûcher ». Cette ambivalence toujours présente, bien/mal, lumière/ténèbres, ne serait en fait qu’une question de choix ? Pour Gérard Charollois, il faudrait commencer par « remettre le vivant à l’ordre du jour, là où l’on ne met que le profit. Ce qui est bon ou mauvais, ce n’est pas la connaissance, mais l’usage qu’on en fait. »

Pas question d’opérer un retour en arrière, à l’obscurantisme, « à la guerre des tranchées et à la marine à voile ». Il faut savoir profiter des opportunités que nous offrent la science et la technique pour bâtir le bonheur des êtres. Vœu pieux. « L’âge d’or n’est pas derrière nous, mais je ne suis pas sûr qu’il soit devant. »

Afin de servir les idées qu’il brasse, véhicule, peaufine, depuis plusieurs décennies, Gérard Charollois veut aller plus loin. C’est pourquoi il a eu, avec une petite équipe de fidèles, l’idée de créer un parti politique qui s’appelle La Force du vivant. Parce que c’est une façon pour lui de s’imposer dans la réalité des choses, en quittant le terrain de la seule réflexion pour viser à une action concrète. Il voulait se présenter aux primaires de l’écologie. Des décisions d’appareil l’en ont empêché. Alors, pour se faire entendre, il décide d’aller porter dans le monde de la politique, dont pourtant il ne se fait pas une grande idée, les principes de l’écologie radicale, parce que « ce qui est formidable, c’est que la vie existe et qu’il faut la défendre contre tout ce qui la détruit, contre tout ce qui la tue. »

Josée Barnérias

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Rien n’est simple : la cause animale n’échappe pas aux dilemmes

J’ai assisté à une conversation entre militants animalistes qui soulevaient un dilemme fréquemment rencontré et qui est beaucoup moins anodin qu’il n’y paraît.

Les uns évoquaient la possibilité d’acheter à un éleveur plusieurs agneaux pour leur éviter le sacrifice de l’Aïd (celui-ci a eu lieu les 11 et 12 septembre). Les autres faisaient remarquer aux premiers que l’intention était noble, mais qu’elle ne réglait en rien ni le problème de l’élevage ni celui de l’abattage, car les agneaux seraient remplacés par d’autres et l’éleveur, lui, n’y serait pas perdant…

Au fond, personne ne savait trop ce qu’il était juste de faire en pareil cas, les premiers connaissant parfaitement, et les approuvant dans une certaine mesure, les arguments des seconds, les seconds ne pouvant balayer d’un revers de main les arguments des premiers à savoir que quelques vies de sauvées, c’était déjà ça.

lane_de_buridan_entre_deux_opinions_lacma_m-76-132-425En réalité, deux attitudes s’affrontaient sans vraiment l’exprimer : celle qui consiste à tenir compte, lors de toute action, du facteur émotionnel, ou compassionnel, et celle qui met en avant la seule raison au service d’une plus grande efficacité. Il est évident que ni l’une ni l’autre de ces attitudes n’est complètement satisfaisante, parce que dans un cas, elle fait en quelque sorte le jeu de ce contre quoi elle est censée lutter, dans le second cas, elle fait fi de ce qui est l’origine même du combat pour la justice, à savoir l’empathie, l’altruisme, sans lesquels aucune avancée, ni humanitaire, ni animalitaire, n’aurait jamais vu le jour.

On a connu au cours de l’histoire de ces personnalités monolithiques pour lesquelles la moindre des concessions à ce qui pouvait passer pour un manquement aux yeux de l’objectif à atteindre était inacceptable. De tels personnages ne connaissent pas la nuance et ne désirent pas la connaître. Ils puisent dans des certitudes quasi minérales la matière de leur inflexibilité. Il n’est pas question pour eux de dévier de la ligne préalablement tracée, sous peine de se voir coupable de trahison. Quel que soit le nom qu’ils portent et la cause qu’ils défendent, ils font preuve d’une rigueur  inhumaine, car la vie, les mouvements auxquels elle contraint bêtes et gens, tout cela n’est pas d’un seul bloc. Les choix ne sont jamais faciles. Qu’il s’agisse de ressentir de la pitié pour un ennemi, au point de l’épargner, alors que d’autres l’ont condamné, qu’il s’agisse de ressentir de la compassion pour quelques agneaux au point de leur éviter le couteau, tout en sachant que cela n’est qu’une goutte d’eau dans un océan de souffrance, le problème se pose : est-on en train de faillir à la mission que l’on s’est préalablement assignée ?

Cette dualité a fait maintes fois l’objet de développements de toutes sortes : légendes, mythes, romans, films, ont abondamment emprunté leur substance au problème du choix cornélien, là où, quelle que soit la voie empruntée, ce ne sera jamais vraiment la bonne.

En matière de militantisme animaliste, ce n’est pas différent. Lorsque nous appelons à ne pas acheter d’animaux de compagnie issus d’élevages, mais à les adopter dans les refuges, nous sommes dans la même situation que celui qui désapprouve d’acheter des animaux de boucherie pour leur éviter la mort, parce qu’il est évident qu’en faisant cela, en achetant animaux de compagnie ou de boucherie, nous participons à cette odieuse marchandisation des animaux, que nous dénonçons à cor et à cri. Et jamais nous ne pourrons acheter TOUS les animaux pour les sauver, et quand bien même, les producteurs auraient vite fait de produire des remplaçants…

C’est insoluble. Cependant, je fais partie de ceux qui se disent que l’on ne se trahit pas en sauvant un animal d’une souffrance et/ou d’une mort certaines, même si on engraisse, en le faisant, un horrible maquignon, même si l’on encourage des éleveurs qui font irrésistiblement penser au célébrissime couple Thénardier… Non seulement on ne se trahit pas, mais on se grandit peut-être, en acceptant et en assumant la contradiction qui accompagne toute quête…

Militant, militaire, c’est le même mot… Prenons garde à ne jamais devenir implacables, la cause que nous servons n’y résisterait pas…

Mais peut-être qu’il existe une troisième voie… Supposons que les militants évoqués plus haut aient vraiment acheté ces agneaux, ne peuvent-ils pas leur demander en échange de représenter la multitude de leurs frères sacrifiés en en faisant des ambassadeurs auprès du public ? C’est ce que font nombre d’associations, à commencer par l’OABA qui abrite en ses fermes beaucoup de rescapés de la boucherie, ou Welfarm, ou Groin-Groin, ou encore la Fondation Brigitte Bardot, et tant d’autres.  Quant aux associations qui recueillent des animaux de compagnie, laquelle d’entre elles n’a jamais cédé à la tentation d’échanger quelque argent contre un animal en souffrance, parce que c’était le seul moyen de le sauver ? Ne soyons pas rigides, les animaux eux, ne le sont jamais. Quelle que soit la situation à laquelle ils sont confrontés, ils tentent de s’adapter. Ils savent que de là dépend leur survie. Et qu’y a-t-il de plus important que de vivre ?

Josée Barnérias

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Quels droits pour les animaux ? Sur le terrain, une justice absente

Dans un certain nombre de pays du monde, essentiellement en Europe et sur le continent américain, les animaux bénéficient de quelques lois, dont la teneur et l’importance sont variables selon les Etats, censées les protéger dans leur relation avec les hommes. Mais comment pourraient-ils, à l’instar des petits enfants ou des personnes déficientes mentales, faire valoir leurs droits devant la société ? Ils ne possèdent pas de langage articulé, pas d’écriture, n’ont par conséquent aucun accès à ce qui est formulé en langage humain. Pour faire valoir ces droits, il leur faut des ambassadeurs, des porteurs de parole… C’est le rôle des associations de défense que de se battre pour que les droits des animaux soient respectés et aussi pour que s’élargisse le champ de ces droits, car, pour l’heure, ceux-ci, qui visent à poser un cadre à la relation homme-animal, servent le plus souvent à codifier l’exploitation des seconds par les premiers.

La question est la suivante : comment les associations de défense peuvent-elles s’accommoder des rares articles de loi qui concernent la protection réelle et effective des animaux contre la brutalité et la cupidité des hommes ? Elles sont pourtant bien souvent les seuls garants de l’application de ces lois auprès de la justice. Mais quels sont leurs recours réels ? Sur le terrain, quel est le rôle exact de la loi ?

Le droit français, en ce qui concerne la protection stricte des animaux en tant qu’individus (si l’on écarte tout ce qui concerne les animaux au seul titre de l’espèce), se résume à assez peu de choses. En outre, les animaux sauvages qui ne font partie d’aucune espèce protégée ne bénéficient, eux, d’aucune protection légale, c’est encore plus vrai dans le cas des espèces déclarées « nuisibles » auxquelles l’on peut faire subir ce que l’on veut, et l’on ne s’en prive pas (voir certaines pratiques de chasse…).

Le code pénal comporte plusieurs articles essentiels concernant les animaux : l’article 521-1[1], l’article 653-1[2], l’article 654-1[3] et l’article 655-1[4]. Il y aurait de nombreux commentaires à apporter, notamment sur l’introduction de la notion de « nécessité » dans la mise à mort, bien commode pour tolérer certaines pratiques comme les « euthanasies » arbitraires dans les fourrières ou certains refuges…

On remarquera par ailleurs que l’article 521-1 est accompagné d’une dérogation de taille : « Les dispositions du présent article ne sont pas applicables aux courses de taureaux lorsqu’une tradition locale ininterrompue peut être invoquée. Elles ne sont pas non plus applicables aux combats de coqs dans les localités où une tradition ininterrompue peut être établie ». Cette aberration du droit français a été suffisamment commentée par ailleurs, nous n’y reviendrons donc pas ici, mais nous soulignerons l’imprécision des termes « tradition locale ininterrompue ».

lg-dessin-marechal-521-1Qu’en est-il des autres articles ? Lorsqu’il s’agit de mauvais traitements, dont la gravité et la nature ne sont pas définis, la sanction n’outrepassera pas la simple amende. De même pour le fait de donner volontairement la mort, sans nécessité, publiquement ou non. Dans ce cas l’amende pourra se monter au maximum à 1.500 euros. Un plafond rarement atteint. Par ailleurs, il est bien rare que l’on ne puisse invoquer une quelconque nécessité à mettre à mort un animal…

En réalité, les accusations pour sévices graves et actes de cruauté sont très peu retenues. Elles sont le plus souvent requalifiées en actes de maltraitance, et ne sont plus passibles que d’une amende, en supposant qu’elles arrivent jusqu’au tribunal. Quant aux actes de maltraitance… Nous verrons plus loin ce qu’il en est.

Le code civil a récemment subi une métamorphose. Depuis le 16 février 2015, le nouvel article 515-14 attribue aux animaux le statut d’êtres vivants doués de sensibilité, tout en continuant à les soumettre au régime des biens « sous réserve des lois qui les protègent ». Le monde associatif a voulu y voir un progrès, qui n’est peut-être, à bien y regarder, pas seulement de pure forme. Les « utilisateurs d’animaux », comme ils se qualifient eux-mêmes, ont, pendant quelque temps, redouté que ces nouvelles dispositions ne nuisent peu ou prou à leurs activités dont certaines ont un indéniable aspect lucratif. Le législateur, ne voulant léser personne, a fait en sorte que tout le monde soit content : les associations de protection animale, qui demandent souvent sans rien obtenir, ont eu, pour une fois, le sentiment d’avoir été entendues, quant aux « utilisateurs d’animaux », ils ont très vite compris que cette modification en apparence mineure ne changeait pas grand-chose pour la poursuite de leurs affaires. Quoique… Il appartient désormais aux associations et à leurs avocats d’emprunter de nouvelles pistes à partir de la voie étroite qui s’entrouvre devant eux.

Le code rural est, de loin, le plus concerné par la question animale. On y trouve à peu  près toutes les situations qui peuvent échoir dans un contexte où les hommes ont affaire avec les animaux, que ceux-ci soient d’espèces compagnes ou d’espèces dites de rente, ou de toute autre, à l’exception, nous l’avons signalé plus haut, des animaux dits sauvages. Cependant, ce n’est pas le caractère protecteur de ces lois et réglementations qui est mis en avant. Le code rural se contente en somme de donner un cadre législatif à toute forme de relation entre l’homme et l’animal, celle-ci étant le plus souvent une relation d’exploiteur à exploité, de marchand à marchandise, de producteur à produit, de propriétaire à propriété. Il s’agit bien tout de même d’éviter aux animaux des conditions d’existence trop pénibles, ainsi que, pour les animaux dits de rente et dans quelques autres cas (animaux dits de compagnie, par exemple), des modalités de mise à mort qui seraient inacceptables par le sens commun. Mais jusqu’à quel point ?

En réalité, sur le terrain, qu’en est-il de ces lois protectrices et de leur application ? Pas besoin d’être juriste pour s’apercevoir qu’en la matière, il y a loin de la coupe aux lèvres, et que la prétendue « protection » des animaux n’existe bien souvent que sur le papier.

L’exemple le plus éclatant, l’actualité récente l’a mis en lumière, c’est celui du respect de la règlementation qui concerne la mise à mort des animaux dans les abattoirs. L’association L214 a pu, grâce à des vidéos prises en caméra cachée, mettre en évidence les maltraitances très graves, les actes de cruauté dont les animaux étaient victimes. Ces déviances existent sans doute depuis la nuit des temps, et pas seulement dans les établissements incriminés. Des poursuites judiciaires devraient s’ensuivre, et de nouvelles mesures devraient être adoptées afin d’éviter que de telles pratiques puissent se développer. Mais qu’en sera-t-il exactement ? La médiatisation de ces situations a soulevé des vagues d’indignation. Il est déjà inadmissible qu’elles aient pu et puissent se produire de façon aussi banale. Aura-t-on la naïveté de croire qu’une fois l’info retombée, remplacée par d’autres, tout va changer du jour au lendemain ?

En outre, l’abattage qui est soumis, depuis 1964, à l’étourdissement préalable des animaux, est de plus en plus souvent pratiqué à vif, par le jeu d’une dérogation au profit des cultes musulman et juif dont le cadre religieux refuse l’étourdissement. Ce dernier n’est déjà pas très au point, c’est le moins que l’on puisse dire, mais son absence signifie à tous les coups de grandes souffrances et un grand stress pour les animaux sacrifiés. Dans ce cas également, où est le droit ? On le voit, en ce qui concerne les animaux, non seulement la loi est loin d’être appliquée à la lettre, mais encore elle s’efface devant des intérêts divers… Dans ce cas à quoi sert-elle ?

Quant aux élevages, le droit leur reconnaît des prérogatives qui sont inadmissibles pour qui s’intéresse au sort des animaux. Elevages industriels, porcs sur caillebotis, truies en stalle, poules en cage, fermes-usines de vaches laitières, de veaux à l’engraissement, gavage des oies et des canards, broyage des poussins, usines à chiots… Tout cela est légal. La souffrance est légale.

Les association de protection animale « de terrain » (mais comment peut-on ne pas être de terrain lorsqu’on s’est engagé à défendre et à aider ?) ont maintes occasions de recourir à la justice, maintes occasions de rappeler le droit… Quel est leur pouvoir réel ? Bêtes laissées dans des étables insalubres, ou en plein champ, sans eau, sans abri, avec une nourriture sommaire, ou pas de nourriture du tout, sans soin, prés secs en été, embourbés en hiver… Règlementation ignorée, lois bafouées. Les plaintes ne sont pas reçues directement. Il faut en passer par les services vétérinaires de la DDPP qui, pour intervenir, attendent qu’il y ait quelques cadavres… Des semaines, des mois parfois pendant lesquels des bénévoles mal considérés, ne bénéficiant d’aucune prérogative, doivent assister impuissants à de véritables hécatombes…

Cela se déroule de la même façon avec les animaux des espèces dites « de compagnie ». On objectera que celles-ci sont mieux protégées, mieux traitées globalement. « Pourquoi en manger certains, et en choyer d’autres ? », tel est le slogan brandi par certaines associations. Cette vision à l’emporte-pièce, volontairement outrée, si elle a le mérite d’attirer l’attention sur le sort des animaux que l’on consomme, a tout d’une contre-vérité en opposant le destin « enviable » des uns au sort ignoble des autres. Il existe des chiens, des chats, des lapins, des rats des furets heureux, on ne saurait le nier. On ne possède pas de chiffres là-dessus, et c’est bien dommage car il y a fort à parier que les surprises seraient nombreuses. Certains organismes avancent même que le nombre de chats livrés à eux-mêmes, sans abri, sans nourriture, sans soins (ce qui signifie une existence désastreuse et une mort prématurée et souvent douloureuse) serait très proche de celui des « chats de maison ». L’on fera remarquer que le passage d’un statut à l’autre peut se faire du jour au lendemain, il suffit d’un déménagement, d’un divorce, d’une naissance ou de tout autre prétexte pour que Minou se retrouve à la rue sans avoir compris ce qui lui arrivait… Des situations comme celle-ci, les associations en rencontrent tous les jours… Pourtant, l’abandon d’un animal sur la voie publique est assimilé à un délit par l’article 521-1 du code pénal… Des recours ? Auprès de qui ? Quelles preuves tangibles apporter ? A qui s’adresser ? A une police débordée ? A des juges submergés de dossiers ? Les animaux représentent une quantité négligeable. Il y a d’autres priorités, nous dira-t-on…

Quant aux chiens… Ca n’est ni mieux ni pire, c’est autre chose. Les chiens sont nos compagnons. On peut en faire des esclaves. Rien de plus facile. Enfermés 24 heures sur 24 dans des lieux exigus et insalubres, sur des balcons, dans des box bétonnés (les chasseurs sont les grands spécialistes de ces « meutes » bouffées par la vermine, sous-alimentées), dans des voitures, dans des caves, chiens battus à mort par de pauvres types sadiques qui exercent à moindre frais la puissance qu’ils ne peuvent montrer ailleurs, chiens à l’attache toute leur vie, sans que l’on daigne même jeter le moindre regard sur eux, élevages-usines où les reproductrices sont maintenues toute leur courte vie dans des box étroits, et font portée sur portée, jusqu’à l’exécution finale, lorsqu’elles ne sont plus assez prolifiques… Là aussi, les exemples se multiplient, on dirait même que ce genre de situations sordides a tendance à augmenter avec le degré de frustration d’une société humaine donnée. Lorsque l’on connaît les chiens, lorsque l’on sait à quel point ils sont demandeurs de relations avec l’homme, on mesure les souffrances endurées…

On pourrait multiplier les exemples de comportements brutaux, violents, sadiques, que ce soit en secteur rural ou en zone urbaine. C’est quotidien. Souvent insupportable. Mais que faire ? Si ni la politique ni la justice ne consentent à s’en mêler ? Quant à l’indifférence, elle tue aussi. Mais il n’existe pas de loi contre l’indifférence. Et puis il y a toutes les maltraitances que l’on pourrait qualifier d’ordinaires. Le plus souvent générées par l’ignorance, le caprice, l’égoïsme, et qui, du point de vue strict de la loi, ne sont pas des maltraitances…

Enfin les fourrières, les refuges pleins à craquer où l’on pratique (ce n’est pas vrai pour tous), dans des conditions opaques, des « euthanasies » arbitraires et massives, seule façon que l’on semble connaître de lutter contre la surpopulation féline et canine.

De telles situations, contrairement à ce que croient les tenants de l’antagonisme animaux choyés/animaux mangés, sont beaucoup plus fréquentes qu’on ne veut le croire (contrairement aux animaux d’élevage, impossible ici d’obtenir des chiffres…). Pourtant la loi fixe des règles à la détention des animaux, aux régimes auxquels ils sont soumis, aux traitement qu’on leur réserve… Et ceux qui font appel à la loi se heurtent aux écueils suivants.

  • Difficulté à prendre les maltraitants en flagrant délit…
  • Difficulté à apporter la preuve qu’il n’y avait pas « nécessité » à tuer un animal…
  • Difficulté à convaincre les forces de l’ordre de se déplacer pour constater les faits…
  • Difficulté à convaincre la justice de l’urgence des situations et aussi de la nécessité d’enlever des animaux à leurs tortionnaires…
  • Difficulté à convaincre, tout simplement, qu’un animal ne doit pas subir certaines choses. En ne s’imposant pas, la loi au lieu de mettre un frein au laxisme, ne fait que l’encourager. En ce qui concerne notre relation avec les animaux, les mœurs sont à la traîne. On fonctionne encore sur des codes entachés d’arriération, des croyances jamais remises en question. La loi, qui n’est pas très progressiste en la matière, ne peut pas lutter contre le déni, parce que rien ne permet de croire qu’elle en a assimilé la nécessité.

Enfin, il faut souligner que neuf fois sur dix, peut-être davantage, les plaintes concernant les maltraitances et actes de cruauté sur les animaux sont classées sans suite. On peut bien changer la loi, il est à craindre que cela ne suffise pas. C’est notre regard, le regard des sociétés entières sur les animaux, toutes espèces confondues, qui doit changer. En attendant ce jour qui n’arrivera peut-être jamais, il est tout de même nécessaire de durcir sensiblement la loi, de façon à ce qu’elle ne puisse en aucun cas être contournée. De veiller à son application sans faille. De créer pour cela, au niveau du judicaire par exemple, des services spécialisés et – certains juristes en expriment ardemment le souhait – de créer un code particulier à la condition animale. Et surtout de donner aux associations qui s’en montreraient dignes quelques rudiments de pouvoir sur le terrain, car elles n’en ont aucun. Et elles en ont assez d’attendre le bon vouloir des uns et des autres, pendant que les animaux qu’elles sont censées défendre souffrent et meurent sans que personne ne lève le petit doigt.

Alors, le droit ? Il doit changer, évoluer. Mais la justice, la simple justice, qui part d’un principe simple, « ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas que l’on te fasse », voilà ce qu’il nous faut exiger.

Josée Barnérias

[1] Le fait, publiquement ou non, d’exercer des sévices graves, ou de nature sexuelle, ou de commettre un acte de cruauté envers un animal domestique, ou apprivoisé, ou tenu en captivité, est puni de deux ans d’emprisonnement et de 30.000 euros d’amende… Est également puni des mêmes peines l’abandon d’un animal domestique, ou apprivoisé, ou tenu en captivité à l’exception des animaux destinés au repeuplement.

[2] Le fait par maladresse, imprudence, inattention, négligence ou manquement à une obligation de sécurité ou de prudence imposée par la loi ou les règlements, d’occasionner la mort ou la blessure d’un animal domestique ou apprivoisé ou tenu en captivité est puni de l’amende prévue pour les contraventions de la 3e classe.

En cas de condamnation du propriétaire de l’animal ou si le propriétaire est inconnu, le tribunal peut décider de remettre l’animal à une œuvre de protection animale reconnue d’utilité publique ou déclarée, laquelle pourra librement en disposer.

[3] Hors le cas prévu par l’article 521-1, le fait, sans nécessité, publiquement ou non, d’exercer volontairement des mauvais traitements envers un animal domestique ou apprivoisé ou tenu en captivité est puni de l’amende prévue pour les contraventions de la 4e classe

[4] Le fait sans nécessité, publiquement ou non, de donner volontairement la mort à un animal domestique ou apprivoisé ou tenu en captivité est  puni de l’amende prévue pour les contraventions de le 5e classe.

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Médias et animaux : des victimes invisibles aux chiens écrasés

« Fort heureusement, il n’y a aucune victime… », c’était le commentaire qui revenait en boucle sur les stations d’info, lorsqu’on évoquait l’incendie géant qui était en train de ravager la province de l’Alberta, au Canada. Une centaine de milliers de personnes évacuées, un brasier s’étendant sur une surface gigantesque (au moins, dit-on, comme quinze fois celle de la ville de Paris). Mais « il n’y a aucune victime ». En était-on bien sûr ? N’aurait-on pas dû préciser « aucune victime humaine » ? Car des victimes, il y en a eu. Même sans les voir, sans les connaître, on est sûr qu’elles existent, qu’elles sont innombrables… Ces victimes, ce sont les animaux qui se sont fait piéger par la fournaise… Pas de plan d’évacuation pour eux. Mammifères surtout, ainsi que reptiles et tous autres animaux vivant au sol, mais aussi sans doute poissons, oiseaux, batraciens… Des insectes aussi, bien entendu. Ils ne comptent donc pour rien ? Non, ils ne comptent pour rien. C’est comme s’ils n’existaient pas, comme s’ils n’avaient jamais existé. La renarde qui devient folle d’angoisse parce que le feu approche du terrier où elle garde ses petits, les cervidés qui fuient devant l’ennemi implacable qui ne va pas tarder à les rattraper, les flammes qui se referment sur les uns et les autres, la peur panique, la souffrance… Asphyxiés, brûlés vifs… Et l’on nous dit benoîtement qu’il n’y a « aucune victime »…

Il en va ainsi de toutes les catastrophes naturelles, séismes, raz-de-marée, voire d’accidents d’origines diverses… Ils ne s’en prennent qu’aux hommes. Ils ne font de victimes qu’humaines. Celles-là seules sont importantes. Comment pourrait-il en être autrement ? Combien sommes-nous à penser que nous avons, sinon un devoir d’assistance envers les animaux, au moins une obligation morale de reconnaissance de leur existence ?

La bête du Gévaudan, dangereuse et maléfique.
La bête du Gévaudan, dangereuse et maléfique.

Les pompiers et tous ceux qui se trouvaient sur les lieux avaient donné un nom à l’incendie, comme on donne un nom aux ouragans. On ne peut lutter efficacement que contre ce que l’on nomme. Ils l’avaient appelé « The Beast ». Un terme dérivé du latin bestia, qui signifie « bête ». Pas n’importe quelle bête, cependant. Bestia désignait l’animal destiné aux arènes. C’était celui qu’affrontaient les gladiateurs… Bestia a donné, en français, « bête » bien sûr, mais aussi bestial, bestiaire, et « beast » en anglais… La bête c’est l’animal féroce, l’animal maudit, comme la bête du Gévaudan ou de l’Apocalypse. La bête de l’Alberta, qui n’en était d’ailleurs pas une, a coûté la vie à des multitudes d’autres bêtes bien réelles, celles-là, et qui n’avaient rien ni de dangereux ni de maléfique.

L’on fait dire aux mots ce que l’on veut. Et, c’est étrange, les métaphores « animalières » sont rarement favorables aux animaux ou, c’est selon, aux bêtes…

L’actualité est une source inépuisable de motifs de s’enthousiasmer. Il y a les animaux victimes de The Beast, et puis il y a aussi cette terrible histoire qui s’est déroulée dans un foyer alsacien. Un chien, un american staff, a tué un enfant de dix-huit mois, chez ses grands-parents. On ne sait pas grand-chose des circonstances de l’accident, si ce n’est que le chien était attaché à une longe et qu’il n’appartenait pas aux occupants de la maison, mais à un neveu… Le chien avait la réputation d’être gentil. Le maire a pris en urgence un arrêté d’euthanasie.

Un enfant en bas âge n’est pas forcément identifié par un animal comme n’étant pas un ennemi. Il peut être perçu comme un autre animal, au comportement étrange et peut-être hostile. Ses gestes, ses cris, ne sont pas forcément décryptables si le chien ne connaît pas déjà l’enfant. Les races de chiens ont été créées de toutes pièces par les hommes, pour que les chiens soient conformes à ce que l’on attend d’eux. Un am’ staff est un molosse, il est programmé pour monter la garde. En l’attachant, on lui impose un territoire à garder. Ce territoire, il peut refuser de le partager avec quelqu’un d’autre, animal ou humain. Un enfant, contrairement à un adulte, n’a aucun ascendant sur un chien et ne sait pas décoder ses attitudes. En ne tenant pas suffisamment compte de ces éléments, on prend de gros risques. Et de toute façon, un chien à l’attache, parce qu’il n’a pas de solution de fuite dans le cas où il pressent un danger, peut être sur la défensive. Mais quel commentateur, sur quel média, aura pris la peine de donner ce genre de précision ? Ne nous étonnons pas si la plupart des gens pensent qu’un chien est un tueur d’enfants potentiel. Et ne vous étonnez pas si, lorsque vous marchez dans la rue avec votre bon gros corniaud de quarante kilos, les gens qui vous croisent changent de trottoir…

Ils sont des centaines de milliers, des millions, en France, ou ailleurs, à survivre ainsi, au bout d’une chaîne, ou d’une longe, peu importe. Leur inexistence, leur silence, est la seule trace que nous ayons d’eux. C’est peu. Cette pratique devrait être interdite, et considérée comme une grave maltraitance. Mais elle ne l’est pas. Toutefois rien ne dit que l’am’ staff dont il est question plus haut vivait en permanence à l’attache, et il ne nous appartient pas de commenter un événement dont nous ne savons quasiment rien. Il s’agit d’un accident épouvantable, comme tous les accidents qui coûtent la vie à des innocents… Mais c’est un événement lourd de sens, et dont la population canine dans son ensemble fait les frais.

Les pages des journaux, les chroniques des radios, les infos TV, sont pleines de ces menaces rampantes, de ces souffrances ignorées. Mais on y trouve aussi des sarcasmes à bon compte, des tentatives sournoises de discrédit contre ceux qui s’émeuvent de la souffrance des bêtes, ou plus simplement qui se soucient de leur sort. Un poncif de ces moqueries concerne, par exemple, les soins de toilettage un peu poussés et autres maniaqueries consuméristes qui n’ont rien à voir avec la cause des animaux, mais tout avec leur instrumentalisation au profit d’ego un peu tourmentés. Cela devient tout naturellement une « preuve » que TOUS les propriétaires d’animaux ne sont pas très sains d’esprit. Récemment encore, alors que sur France Info était diffusée plusieurs fois dans la journée une interview passionnante de Florence Burgat, dont nous avons en vain voulu retrouver la trace sur le site, le même site de la même radio du même service public proposait une rubrique lourde d’ironie facile, intitulée « Animal on est mal » et qui portait sur l’éventualité d’instaurer des congés « parentaux » pour les détenteurs d’animaux de compagnie dans certains pays anglophones. Le commentateur s’est déchaîné. Des congés parentaux ! Et puis quoi encore ? Ah ah ah !… « Les manifestations d’affection envers les animaux sont encore considérées par beaucoup comme les symptômes inquiétants d’une maladie mentale honteuse… », écrit Jean-Pierre Marguénaud dans « Le Droit animalier » (Presses universitaires de France). Qui a une seule fois fondu d’angoisse en se demandant si son vieux chien malade, laissé seul à la maison, allait tenir le coup jusqu’à ce qu’on puisse s’extraire de son lieu de travail, comprendra de quoi il est question.

Les médias sont souvent inconséquents voire malveillants et cyniques lorsqu’il s’agit des animaux. Sauf s’ils se fendent d’une interview de VIP, genre Aymeric Caron, Matthieu Ricard, Franz Olivier Giesbert ou autres locomotives qui ont viré leur cuti, sont devenus tout à coup végans, mais qui doivent leur célébrité à tout autre chose que la cause animale. Cette dernière d’ailleurs n’aurait jamais suffi à les faire ce qu’ils sont. Mais dans le quotidien des gazettes, et même dans les grands médias nationaux, dès que l’on sort du parisianisme, du buzz, de l’info qui claque, genre « horreur à l’abattoir », tout événement lié aux animaux est relégué dans ce que l’on nomme la « rubrique des chiens écrasés ». Horrible terme qui n’est hélas que trop signifiant. La plupart des journalistes, en effet, ne se posent pas la moindre question sur leurs assertions. Qu’il s’agisse des chiens tueurs, des victimes de l’incendie de l’Alberta qui n’existent pas ou encore des « congés parentaux » pour les détenteurs d’animaux de compagnie, on est dans le déni, dans le sensationnalisme ou dans la dérision. Trop rarement dans l’info sérieuse, étayée, réfléchie. Les médias et les animaux, c’est dans la plupart des cas un rendez-vous manqué.

Josée Barnérias

Photo de une : Jonathan Hayward

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