Corrida

Les « anti » gagnent du terrain

 

Le 8 octobre, à Rodilhan, dans le Gard, devait avoir lieu la finale du concours Graines de Toreros, organisée par le Centre de tauromachie de Nîmes et sa municipalité. Aux frais du contribuable, cela va de soi.

 

Il est d’usage que des enfants y massacrent des veaux à l’arme blanche. Mais la fête a été quelque peu troublée, à défaut d’avoir été vraiment gâchée… Les événements qui se sont déroulés ce jour-là dans les arènes de Rodilhan, pourtant peu repris dans les médias autres que locaux et présentés comme anecdotiques, sont peut-être plus importants qu’il n’y paraît. Comme une sorte de passage du Rubicon. Ils marquent une rupture. Le début de quelque chose… Peut-être bien de la radicalisation d’un combat. En tout cas, c’est sûr, le 8 octobre, les « anti » ont occupé le terrain de l’arène…

 

Torture ou culture ?

Ce jour-là, un groupe de près d’une centaine d’opposants à la tauromachie (*) a investi incognito les lieux. La moitié d’entre eux, très vite, dès que le signal a été donné, ont sauté dans l’arène, pendant que des banderoles anti-corrida étaient déployées par les autres depuis les gradins. Ce qui déclenchait, en haut, force horions de la part des aficionados dérangés. Le groupe « gradins » allait rejoindre le groupe « arène » et les militants, réunis sur le sable, s’enchaînaient les uns aux autres. Le premier instant de stupeur passé, les aficionados à leur tour déboulaient, et entreprenaient de déloger les intrus qui s’étaient assis, formant un cercle. Serrés les uns contre les autres, la tête entrée dans les épaules, ils ont opposé pendant vingt minutes – le temps exact que dure une corrida – une résistance passive aux injures et aux coups. De cet épisode, il reste des images éloquentes, dont celles que restitue cette vidéo.

 

 

LG Blog photo rodilhan

                                           On retrouvera sur le site

                                           du Crac Europe pour la protection de l’enfance 

                                                     cette photo prise le 8 octobre dans les arènes de Rodilhan : un veau

                                                     martyrisé qui ne comprend visiblement pas pourquoi on lui en veut tellement…

 

 

Pour qui ne se laisse pas abuser par les discours ampoulés des thuriféraires de la corrida, ce spectacle de mort ne peut être qu’une boucherie d’autant plus abjecte qu’elle est fondée sur des actes de cruauté (tels qu’ils sont définis dans l’article 521-1 du code pénal) envers un animal. « La torture n’est pas notre culture ! », criaient les militants au centre de l’arène. On pourrait dire aussi : « La torture n’est pas UNE culture ! ».Elle ne peut pas l’être, ou alors c’est la barbarie, qu’on le veuille ou non, que l’on porte au pinacle, que l’on désigne comme règle de vie. Là où il y a souffrance infligée volontairement, il y a acte de torture. C’est comme ça. Et les taureaux souffrent, de cela on est absolument sûr, quoi que prétendent les aficionados qui ne sont pas à une démonstration de mauvaise foi près, lorsqu’ils ne sont pas carrément aveuglés au point de croire dur comme fer à ce qu’ils affirment.

Là, en fait de toreros, il s’agissait de gamins que des parents demeurés ou un brin névropathes, obsédés par une image dévoyée de ce qu’ils prennent pour de la « virilité » et du « courage », poussent à devenir apprentis bouchers avant l’heure. Assassins. Tortionnaires. On frémit à la seule pensée qu’il existe des enfants soldats. Il y a pourtant quelque paradoxe à accepter que l’on enseigne à des gosses l’art de tuer et de faire mal, avec la bénédiction des pouvoirs, ministère de la Culture en tête. Apprendre à tuer, comme le montre si bien le documentaire de Pablo Knudsen, c’est apprendre à faire fi de la plus élémentaire des compassions, à faire abstraction de la souffrance de l’autre. Et l’autre, c’est aussi la bête.

Dans les arènes de Rodilhan, ce jour-là, devait avoir lieu une série de six corridas (ils appellent cela une becerrada), encore plus horribles que la corrida elle-même. Parce que les tueurs, c’était des enfants, et les victimes, des veaux hurlant de douleur sous les coups maladroits de ces prétendants à un dérisoire et grotesque habit de lumière.

 

Les coups, et la haine

Les militants, eux, étaient là pour empêcher de tuer en rond. Pour embêter, différer le moment où le sang de la bête coule à flots. Même s’ils n’étaient pas dupes et savaient que la corrida finirait par avoir lieu, ils ont tenu bon, respectant jusqu’au bout les consignes qui leur demandaient de ne répondre ni aux injures, ni aux coups. Il s’agissait de montrer que la résistance s’organise, que le refus de cette insupportable violence est déterminé et finira par gagner. La civilisation l’emporte peu à peu sur la barbarie. A quoi servirait de vivre si c’était le contraire qui se produisait ? Mais bon sang, que c’est long !

Sur la vidéo, on peut constater l’extrême brutalité des aficionados contrariés. La passivité des policiers municipaux. L’évacuation, sans le moindre ménagement, des manifestants. Il y a eu des blessés, des ecchymoses, des hémétomes, des membres contusionnés, des cheveux arrachés, des plaies, des bosses. Jusqu’au bout, ces « indignés » d’un nouveau genre ont tenu bon. Il ne fallait surtout pas se mettre en faute, céder à la colère, ébaucher le moindre geste qui eût pu passer pour une provocation. Il en faut, du courage, pour tenir jusqu’au bout ce genre de posture ! Courage physique et courage psychologique aussi. Parce qu’en plus des coups, il y avait la haine… Les cojones avaient changé de camp…

On sait désormais que la non-violence est payante. On en a eu la preuve historique et éclatante avec le mahatma Gandhi qui disait que l’on peut juger de la valeur d’une nation à la façon dont elle traite les animaux. mais il faut y aller, au milieu des brutes. Et ça, ça n’a rien de facile ! Combien d’actions comme celle-ci faudra-t-il encore avant que les législateurs ne s’aperçoivent que quelque chose cloche ? Combien de blessés, de morts peut-être, faudra-t-il avant que députés, sénateurs, ministres et consorts ne se rendent à l’évidence : la lutte s’intensifie, la colère monte, la révolte s’organise. Combien, avant qu’ils ne comprennent qu’il faut arrêter ces massacres qui nous avilissent au lieu de nous grandir ? Si l’on en juge par l’ignorance assumée des uns, la mauvaise foi des autres, et la démagogie de presque tous, il faudra encore que coule beaucoup de sang sur le sable des arènes. En espérant que celui des femmes et des hommes ne vienne pas se mêler à celui des taureaux qu’ils veulent défendre et qu’ils défendront jusqu’au bout.

Josée Barnérias

 

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