Corrida : de Rodhilan à Rion, une étape vers la fin…

Des événement marquants de la lutte anti-corrida avaient eu lieu en octobre 2011 à Rodhilan, dans le Gard. Une centaine de militants avaient investi l’arène lors d’une corrida et avaient été violemment pris à partie par les aficionados rendus furieux par cette intrusion.

Le même scénario (l’opération avait été désignée par le sigle R2) s’est reproduit le 24 août dernier, à Rion-des-Landes. Environ 150 militants du CRAC Europe (on trouvera sur le site l’ensemble des vidéos et photos témoignant de la manifestation, ainsi que le témoignage d’Anna Galore) se sont introduits, après s’être dûment acquittés du prix de leur place, à l’intérieur des arènes où devait avoir lieu une novillada.

Au terme de cette explosive rencontre entre inconciliables, on comptait huit blessés, dont deux assez gravement, exclusivement parmi les manifestants.

Fichue, la corrida !

Cette action vient témoigner de la tournure brutale que prend désormais l’opposition entre pro et anti corrida. On ne comprend pas le silence obstiné des politiques sur la question, eux qui auraient le pouvoir d’interdire une bonne fois pour toutes une pratique qui est loin de remporter la majorité des suffrages parmi la population ; qui est hors la loi sur les neuf dixièmes du territoire national ; qui ne subsiste que grâce à une dérogation qui doit tout aux passe-droit et rien à la démocratie ; qui, économiquement parlant, s’avère beaucoup moins intéressante que ce que veulent bien prétendre ses thuriféraires.

Ne voient-ils pas que la corrida est fichue ? La conscience de la souffrance animale gagne lentement mais sûrement du terrain parmi les populations, gage d’un progrès éthique qui met pourtant bien du temps à arriver. Oui, la corrida est fichue, cuite, moribonde. Elle agonise. Elle ne s’en remettra pas. Il est dommage que ceux qui ont en main les rênes de ce pays, dirigeants et législateurs, ne s’en aperçoivent même pas.Corrida-lescure-1.jpg

Il y a toutefois quelques élus courageux qui en conviennent et veulent accélérer le processus pendant que leurs chers collègues freinent des quatre fers. Pourquoi ? Les raisons sont multiples : trouille, indifférence, copinage, goût personnel… Et pendant ce temps-là, les militants s’agacent, les actions radicales, génératrices de violence, se multiplient. Bientôt les arènes seront systématiquement entourées de cordons de CRS payés avec l’argent de nos impôts, tout ça pour défendre le joujou de quelques monomaniaques. Jusqu’où ira-t-on ? Attend-t-on qu’il y ait d’autres blessés, des morts peut-être (des morts, il y en a déjà, mais ce n’est pas d’eux que l’on a coutume en haut lieu de se soucier le plus) ?

Le combat contre la corrida n’est pas le seul important dans la lutte pour les droits des animaux à n’être ni exploités ni maltraités ni massacrés. Mais il est emblématique. Il est probable que ce sera le premier bastion à tomber. Quand ? On ne le sait pas, mais ce dont on peut être sûr, c’est qu’il tombera.

Il faut voir les images, entendre les cris. Quelle haine ! Il est clair que les deux camps en présence sont définitivement ennemis. Mais là, il ne s’agit pas du PSG contre l’OM. Au milieu, pas de ballon. Mais de la chair, de la conscience, pour reprendre les termes de Victor Hugo. De la chair et de la conscience qu’on torture. Il est un argument qu’on entend souvent dans la bouche des aficionados. Cette fois encore, il s’est trouvé quelque imbécile de service pour le ressortir, tout neuf comme au premier jour : « Si vous n’aimez pas ça, n’y assistez pas, mais pourquoi vouloir nous en priver ? »  Ils sont vraiment idiots ou ils le font exprès ? Ce n’est pas de leur petite satisfaction infantile et cruelle qu’il s’agit, mais de la vie et de la mort d’êtres qui ne leur appartiennent pas, qu’ils se sont appropriés comme ils l’auraient fait de vulgaires objets, d’êtres sensibles et intelligents qui ont une vie à eux, et qui souffrent à cause d’eux.

Porcs et taureaux, même combat !

Oui, nous avons le droit de nous mêler de leurs affaires, parce que leurs affaires consistent à répandre la souffrance et la mort et que cela, nous pensons, nous, qu’ils n’en ont pas le droit.

Et non, la corrida n’est pas légitime et ne le sera jamais. C’est comme ça, qu’on le veuille ou non.

Toujours sur le site du CRAC, la réaction indignée de Sylvie Laulom conseillère municipale de Dax, devant la façon dont les manifestants ont été virés par les forces de l’ordre. Cette généreuse réaction, hélas, commence sur une phrase malheureuse… « Je suis horrifiée de la façon dont on a évacué les manifestants des arènes, traités par les gendarmes comme, pire que… des porcs ! » 

Aïe ! Ça avait bien démarré pourtant. Dans cette fin de phrase, tout le mépris du monde pour la souffrance des bêtes, qui est là banalisée. Et pourtant son auteur appelle de ses v?ux l’abolition de la corrida. Ce qu’elle veut (ou n’a peut-être pas voulu dire, mais le langage est plus fort que nous), c’est qu’il est normal que des porcs soient maltraités. Que c’est comme ça. Que ça fait partie d’eux-mêmes. Chez les porcs, la maltraitances serait… ontologique. Le porc est le maître-étalon d’une forme de souffrance inévitable et légitime, celle que l’on inflige dans les abattoirs. Qu’est-ce qui est différent avec les taureaux ? Là on met le doigt sur un malentendu profond, très grave, que nos habitudes de langage tendent à pérenniser. Se faire traiter comme une bête, comme un chien, se faire égorger comme un porc… Se faire martyriser comme un taureau. Ce genre d’expression avalise un état de fait. L’institue en norme. Il faut faire attention à ce que l’on dit. 

Il n’est pas plus normal qu’un porc se fasse égorger qu’un taureau se fasse estoquer. Une fois que la corrida n’existera plus, est-ce que le message sera entendu ? Pas sûr. Il y a encore du boulot.

Taureaux, cochons et autres martyrs, tous solidaires !

Et Mimizan ? Que se passait-il le même jour à Mimizan ? Une manifestation était prévue là aussi. Les médias ont beaucoup parlé de Rion. De Mimizan très peu, ou juste parce que c’était dans le coin. Rion, ça les intéressait parce qu’il y avait des blessés. Il y aurait eu des morts, c’eût été
le carton assuré !

Alors qu’à Mimizan pas le moindre petit blessé. Pourtant, à mieux y regarder il aurait pu y en avoir. Christophe Leprêtre, président d’Animavie, et Sylvie Baudouin, militante, avaient entamé quelques jours plus tôt une grève de la faim qui n’a pas fait le moindre effet au maire de la ville, ni à son conseil municipal, qui ont superbement ignoré l’initiative. Pourtant la santé de deux personnes était en jeu.

Rion-des-Landes a volé la vedette à Mimizan. Les grèves de la faim ne paient plus. Une immolation par le feu, à la rigueur ? En revanche, les manifestations empêcheuses de tuer en rond, elles, semblent avoir le vent en poupe. On les redoute, on les craint. C’est bon signe. Bien sûr, on y risque gros. Il faut bien du courage pour aller ainsi s’exposer à la vindicte de l’autre.

Une lame de fond est en route. Violente, sans doute. Si rien ne vient l’arrêter elle pourra aller très loin dans la brutalité et la haine.

La corrida, qui aura vécu par le glaive, périra par les coups !

 

Photo corrida de Jérôme Lescure

 

                                                                                                  Joss Barn

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