Guy et Bichette : une histoire qui finirait bien, si…

Il s’agit d’une histoire qui a déjà quelques années, puisque les faits se sont déroulés en 2009. Un homme et un animal en sont les protagonistes. Autour, la société, avec ses codes parfois absurdes, ses règles souvent cruelles, surtout lorsque les animaux sont concernés.

Myrtille, touchée par la bonté de Guy, l’innocence de Bichette, avait à l’époque rédigé ce récit, qui est encore aujourd’hui d’actualité, malheureusement.

Bichette et Guy décembre 2010

Guy et Bichette (décembre 2010) 

Décembre 2009. C’est une histoire d’autant plus belle qu’elle brise les « codes de la prédation » ancestraux, les us archaïques, les barrières entre l’animal – celui habituellement convoité pour la traque et la mise à mort par notre culture – et l’homme.

Le code de l’environnement stipule qu’un particulier ne peut détenir un animal sauvage sur sa propriété. Sur la base de cette règle et sur dénonciation d’un chasseur, Guy est accusé d’abriter une jolie laie de quatre ans, aux longs cils, nommée Bichette. Elle habite un grand enclos accolé à la maison de Guy, avec tout ce qu’il lui faut pour être bien : paille, terre, abri, nourriture quotidienne et surtout… beaucoup d’affection et la sécurité dont elle a besoin pour VIVRE ! Et puis complicité, communication, amitié humaine. Elle est là parce que d’autres humains ont massacré sa maman devant elle, alors qu’elle était un joli petit marcassin tout rayé, partageant les tétées avec ses frères et sœurs dans la forêt. Certes, la nature peut être souvent cruelle mais nous les humains avons la possibilité de ne pas faire de surenchère… Bichette, pardon pour ta famille décimée, pardon à  tous les animaux que l’on traque alors que votre espace vital inexorablement se restreint… Puissiez-vous survivre sur votre planète usurpée, puissent les hommes être fin prêts pour une coexistence en bonne intelligence !

Bichette bébé avait été confiée à Guy par un chasseur compatissant. Guy l’a soignée avec tendresse et dévouement : biberons, jeux, gratouilles, partageant son lit avec elle. « Dormir avec Bichette marcassin était un vrai régal, un grand bonheur, une présence à part entière, un partage magnifique de simplicité, d’innocence et de pureté que je n’oublierai jamais », la voix de Guy vibre à la richesse de cette fabuleuse aventure. Une amitié « viscérale » s’est tissée au fil du temps. Et Bichette a grandi : « elle ne passait plus sous la table et l’emportait sur son dos », se souvient Guy en riant… Il était temps pour elle de vivre plus naturellement dans le grand enclos afin de savourer la terre, le soleil, l’herbe, tout près de son ami. « Elle sait très bien exprimer ce qu’elle veut, explique Guy, elle communique avec différentes modulations de sons et de grognements »… Bichette a son langage (ce n’est ni du français ni de l’anglais, mais un langage complexe et animé aussi !) et ne se prive pas de « bavarder » en fonction de ce qui la contrarie, ce qui lui manque, ce qu’elle aime… Elle se lance dans des conversations ponctuées de silences, de regards expressifs, de contacts. Les autres habitants du village connaissent bien Bichette ! Elle fait la joie des enfants et des grands qui viennent lui parler, l’observer, la photographier…

De belles journées, ils en savourent, Bichette et Guy ! Promenades au bord des étangs, courses dans la prairie, jeux, Bichette ressemble singulièrement à nos toutous. Même complicité, même attachement, mêmes jeux, même intelligence…

Dans certaines belles histoires, hélas, un jour un nuage peut surgir et le ciel s’assombrir… C’est ce qu’endurent actuellement Bichette et Guy. L’année dernière, Bichette est tombée enceinte pour la première fois de sa vie, Guy ayant omis de vérifier une barrière – ce genre de choses qui arrivent à tout le monde… Elle a mis au monde cinq jolis marcassins (trois filles et deux garçons) qu’elle a choyés comme une formidable maman digne de ce nom, sous le regard attendri de Guy qui a tout fait pour qu’elle accouche douillettement. Les enfants de Bichette ont pu savourer pendant près d’un an les joies de la famille, la bienveillance de Guy, les jeux entre frères et sœurs, les câlins et la présence de leur maman. Les sangliers gardent des liens familiaux et affectifs toute leur vie car ils sont très sociaux et communautaires. Les petits partaient en promenade dans les bois, les sangliers ayant besoin de beaucoup d’espace, et rentraient tous les soirs, espiègles et heureux. Ils accouraient également à l’appel de Guy. Adorables canaillous, ils se roulaient à terre prenant plaisir aux gratouillis sur le ventre, montrant leur joie de vivre, d’être aimés et cajolés… Mais arrive ce jour où l’on accuse Guy d’abriter des animaux sauvages. Guy nous a confié qu’avant Bichette il avait recueilli et élevé au biberon un bébé renard, un bébé chevreuil et un bébé blaireau (ce dernier sortait et rentrait par une trappe de chats, faite spécialement pour lui !)… Tous ces animaux ont été massacrés un jour où l’autre par d’autres hommes qui ont une vision discriminatoire des êtres sensibles. Ces petits animaux avaient été victimes eux aussi de la destruction de leur famille et de leur habitat par, entre autres, la pratique abjecte des déterrages ou piégeages.

Très inquiet pour sa famille sanglier, Guy a alerté les médias grâce auxquels l’opinion publique a pu être sensibilisée et Guy obtenir l’autorisation préfectorale « exceptionnelle » de garder Bichette. Il a tout de même été condamné à verser une amende de 750 euros pour « détention illégale d’animaux sauvages ». « Comme ces règles sont injustes…» déplore-t-il. Est-il possible que soient répréhensibles ceux qui aident et sauvent des vies, glorieux ceux qui les assassinent ? Ce désarroi se lit dans les yeux tristes de Guy lorsqu’il nous conte la « magie » de la personnalité de chaque animal.

En pénétrant dans le salon de Guy, on sourit tout de suite : une douce chaleur nous envahit en apercevant un grand cadre qui trône sur le buffet, avec la photo de Bichette et Guy ensemble. C’est une soudaine lueur d’espoir d’entrevoir là un monde possible pour tous, humains et animaux ensemble : une cohabitation respectueuse que nous pouvons créer, comme Guy, avec notre cœur. Guy a donc la permission de protéger Bichette, c’est un « beau cadeau de Noël ».

Mais au fait… Et les petits de Bichette ? Ils ont eu beaucoup moins de chance. Leurs journées d’insouciance auront été plus qu’éphémères. Guy n’a pas le droit de les garder car il n’est ni un sanctuaire ni un organisme agréé « pour animaux sauvages »… Renseignements pris, ils ont été placés « à la reproduction » chez un particulier qui élève des sangliers sur terrain privé : il y en a déjà 60 sur un terrain de 40 ha ! Pourquoi donc existe-t-il autant d’élevages de « gibiers » (y compris d’espèces classées « nuisibles » ou « en prolifération » : cf. le Syndicat national des Producteurs de gibiers de chasse) ? Le reportage cité plus haut évoque un « plan de régulation dont le sanglier fait l’objet dans ce département ». Alors pourquoi ces élevages ? Le sanglier est-il vraiment encore « sauvage » (appâts toute l’année, lâchers de cochongliers…) ?

Lorsqu’on a côtoyé de près ces animaux dont l’intelligence, la sociabilité, la loyauté et l’affection sont identiques à celle de nos chiens ; lorsqu’on les a vus exister en groupes, courir, parcourir des kilomètres et revenir vers un ami tous les jours ; lorsqu’on a pris plaisir à leur gratter le dos afin qu’ils s’empressent de se retourner pour obtenir des caresses sur le ventre ; lorsqu’on a observé la façon dont ils se blottissent tendrement les uns contre les autres, groin contre groin… Comment ne pas avoir le cœur qui saigne de les voir partir vers un endroit sordide où ils ne seront plus que des esclaves et des cibles dans l’indifférence la plus totale ? Guy ne peut se résoudre à prononcer ces intitulés traumatisants : « parc de chasse », « parc d’entraînement pour chiens de chasse ». Sa voix se brise. « Ah, si je pouvais, j’irais les chercher ! Je découperais le grillage, ils reconnaîtraient ma voix et je les ramènerais à la maison… », chuchote-t-il le regard embué.

L’on apprend avec stupeur qu’il existe de nos jours, dans une société « civilisée », des parcs électrifiés, emmurés, complètement fermés où les animaux prisonniers n’ont aucune chance de sauver le moindre souffle de leur vie… où se pratiquent des chasses dites commerciales (terrains privés ou appartenant à des comités d’entreprise) ! Les hommes n’ont-ils donc pas d’imagination autre que celle de jouer à terroriser et massacrer lâchement des animaux innocents ?

Guy était pourtant lui-même chasseur « à l’époque du massacre du lapin puis du lièvre », raconte-t-il, « aimant l’ambiance pagnolesque de la chose, mais sans vraiment pouvoir tirer sur les animaux », nous confie son neveu… Guy a su reconnaître de lui-même l’être sensible, magique, communicatif qu’est l’animal, sortant ainsi des idées reçues et des sentiers battus. Il se déclare « déterminé à les aider à vivre du mieux qu’il peut » ! Son rêve ? « Créer un sanctuaire animalier qui servirait de refuge pour ces animaux victimes de la chasse ou d’accidents ». Guy se prend à songer à Alain Delon… lequel a été sensible à une histoire semblable d’amitié entre une laie, Chipie, et un homme qui l’avait recueillie tout bébé aussi et qu’elle a sauvé de la dépression et de la solitude rien que par sa fabuleuse présence.

Merci Guy d’avoir su entendre les êtres animaux et leur désir de vivre, merci Bichette d’exister si « extra-ordinairement » et bon courage aux cinq petits qui hanteront nos pensées, avec  espoir qu’un jour très prochain, l’on ne permette plus que soient séparés et martyrisés des êtres qui communiquent, s’aiment, se procurent mutuellement force, joie, plaisir, protection…

Lors de destins croisés, de bouts de chemin partagés avec un animal quel qu’il soit, tout être humain ouvre une brèche dans son conditionnement à travers les époques et l’éducation, et découvre un monde de surprenantes richesses émotionnelles et affectives.

L’homme qui permet à l’animal de révéler ses sentiments, son attachement, sa finesse… aspire au sens profond de l’« être », à une nouvelle et juste responsabilité, et prête attention à quelque chose de grandiose qui lui a peut-être jusque-là, échappé…

  Myrtille

Bichette bébé

Bichette bébé

Bichette décembre 2010

Bichette en décembre 2010

Guy et un bébé de bichete

Guy et un bébé de Bichette

Bébés de Bichette Bébés de Bichettes

   Bichette et Guy décembre 2010

Guy et Bichette (décembre 2010)