15 Nov 2015

Initiatives citoyennes et COP21 : et si on s’animalternativait ?

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A l’approche de la COP21, les initiatives se multiplient pour alerter le public sur la nécessité de vivre autrement. Alternativez-vous, un livret d’une quarantaine de pages sur papier recyclé (éditions Les Liens qui Libèrent), est signé du mouvement Alternatiba et du Collectif pour une Transition citoyenne. Ce petit opuscule a une vocation didactique, puisqu’on y énonce les différentes méthodes à mettre en œuvre par chacun(e) d’entre nous afin de cesser au plus vite de s’empoisonner, d’empoisonner la planète et de dérégler le climat qui aurait, on l’a remarqué, une légère tendance à s’emballer ces derniers temps. Pour le moins, on y propose quelques solutions simples, à la portée de n’importe qui, sur un ton léger, avec humour, ce qui n’empêche pas l’efficacité, bien au contraire.

Le titre Alternativez-vous évoque le fameux Indignez-vous de Stéphane Hessel qui avait fait un tabac en 2010 et était à l’origine du mouvement des Indignés. C’est son épouse Christiane qui signe la phrase en exergue sur la jaquette du livret. « S’engager, écrit-elle, c’est vivre pleinement ». Or, le but de l’ouvrage, c’est justement de proposer des recettes pour vivre pleinement et surtout sainement.

On y arrivera sans peine grâce aux vingt et une alternatives proposées qui concernent l’économie (où placer les siennes pour éviter qu’elles alimentent le capitalisme sauvage et délétère), l’énergie et l’habitat, l’alimentation et l’agriculture, les transports et la mobilité, et enfin les diverses façons de « faire société, vivre ensemble et agir pour la transition ». S’ajoutent une liste de médias favorables au changement, et quelques adresses utiles.

On le voit, toutes les activités humaines sont concernées.

Cependant, on ne remarque aucune trace des animaux, qui sont tout de même assez concernés eux aussi, ne serait-ce que parce qu’ils sont nos « colocs » sur la planète bleue qui nous héberge tous… Ils sont rapidement évoqués dans une phrase de la page 10, au fil d’une liste de produits de soins : « un savon naturel, un shampoing grand format rechargeable, un lot de disques en tissu lavable pour me démaquiller, des cosmétiques bio non testés sur les animaux… » Mais pas de raton laveur…

Et puis page 17, un paragraphe commençant par « Les protéines animales… » finit plutôt bien puisqu’il donne la préférence aux protéines végétales. Il n’empêche qu’on se réjouit de pouvoir acheter sa viande « directement à un paysan bio du coin ». Ce qui aurait tendance à jeter une ombre légère sur les velléités de végétalisation de l’alimentaire.

Voilà. Pour les animaux, c’est tout. Pas la moindre allusion à la possibilité de vivre autrement avec les bêtes… Pourtant ce n’est pas rien, quand on pense que leur présence est absolument partout, occultée ou pas. Et les artisans du monde futur devraient ne pas prendre cela en compte ? C’est étrange. Ou plutôt, non, cela répond au sacro-saint réflexe d’anthropocentrisme. Difficile à éradiquer. C’est quasiment chez l’homme une seconde nature.

On pourra argumenter que les animaux ne sont concernés par le dérèglement climatique qu’en tant que spectateurs ou « patients », mais en aucun cas en tant qu’acteurs, puisqu’ils ne font que le subir. C’est vrai. Mais il est vrai aussi qu’une transition vers une société meilleure, plus éthique, ne pourra se faire sans eux, sans la pleine conscience de ce qu’on leur a fait subir jusqu’à présent, et qu’on leur fait encore subir dans des proportions démentielles.

Alternativez-vous, c’est bien, mais ce serait encore mieux si, lors de la prochaine édition (s’il devait y avoir une prochaine édition), on consacre un petit chapitre à ces milliers, ces millions de milliards d’êtres qui nous entourent, qui ne sont pas des choses, et que pourtant, jusqu’à aujourd’hui, on a considéré comme des objets à notre entière disposition.

C’est vrai, quoi. Les auteurs auraient pu pousser un peu plus loin leur réflexion en envisageant, au hasard, la fin de la viande, la fin de la chasse et de la pêche, la fin de l’expérimentation sur les animaux, et l’avènement d’une société où il ferait bon vivre avec eux… Mais c’est encore un peu tôt, sans doute.

En gros les « alternatives » pourraient peut-être devenir, par un néologisme, je le concède, un peu osé, les « animalternatives ». Parce que les animaux aussi aimeraient bien pouvoir « vivre pleinement »…

Josée Barnérias

Photo de tête : Kerstin Landerbergen

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