La Griffe n’aime VRAIMENT pas la chasse à courre

Amies Griffeuses, Amis Griffeurs,

 

Je vous la fais courte. La chasse à courre, vous connaissez. Des gugusses en habit rouge, à dada si possible. Des chiens (qu’on sacrifie quand trop joueurs, pas assez obéissants ou plus bons à rien) pour traquer, épuiser, acculer, faire crever, déchiquetée par la meute ou finie au couteau -à la dague, c'est nettement plus classe-  la bête sanguinaire, le tueur en série des sombres forêts : un chevreuil… A moins qu’il ne s’agisse d’un cerf, ou d’un renard…

 

 

Mais qui sont ces affreux ?…

 

Un décret est paru au journal officiel, le 4 juin 2010. Il crée une infraction, celle d’« obstruction à un acte de chasse », passible d’une amende de cinquième classe : 1.500 euros tout de même, avec inscription sur le casier judiciaire, ça rigole pas. Pensez, des mécréants osaient gâcher la fête via le Hunt sabotage, pratique née en  Angleterre : enregistrements sonores de chiens, citronnelle pour perturber la meute et permettre ainsi à l’animal traqué de s’échapper. « Des terroristes… » selon Pierre de Boisguilbert, responsable de communication de la Fédération nationale des chasseurs (FNC). Avec les armes dont ils disposent, on suppute qu’ils ont pris des cours du soir chez Ben vous-savez-qui. D’abord, ils sont vêtus de noir. On les aurait préférés en rose sucette ou bleu turquoise. Pas cool non plus, les têtes de mort sur les T-shirts. C’est agressif. Oui-Oui et son copain Potiron, c’eût été autrement plus charmant.

A vrai dire, rien n’est encore joué. Les avocats des associations concernées sont déjà sur le pont. Si un militant est condamné, engagement immédiat d’une procédure devant la cour européenne des Droits de l’homme… Et consécration suprême pour un pays qui se veut justement le pays des Droits de l’homme.

Décret. Définition : acte administratif signé par le Président de la République ou par le Premier ministre. En voilà du taf bien sympathique, à conseiller de toute urgence à vos gosses en panne de vocation : Rémunération correcte, avantages en nature variés pour ne signer en somme que des conneries. A moins que, comme le souligne David Chauvet, membre fondateur de Droit des animaux, l’un des viviers des susdits « terroristes », il ne s’agisse que de « détourner les pouvoirs publics à des fins privées sous l’impulsion du lobby des chasseurs ».

Quelle déception ! Etre au pouvoir, et en avoir si peu, en définitive, que n’importe qui peut vous tenir par les c…heveux.

D’abord, les zozos pour qui les chasses à courre ne sont en fait que « des rites sociaux pour élites politiques, économiques voire médiatiques ; des  lieux assez fermés où il y a des grands patrons, des hommes politiques, et où tout le monde se rend service dans un vaste échange permanent qui intègre tout le milieu… » (1)?

Le CPNT (2) ensuite, qui boude, qui menace, qui brandit 2012 comme la flamme olympique. Et qui obtient tout de notre ministre de l’écologie, l’ami Borloo, aussi inoffensif que l’ami Ricorée, sauf pour les animaux, qui c’est vrai, n’ont  toujours pas appris le chemin des isoloirs. Faudrait qu’ils y mettent du leur aussi. Son président, Frédéric Nihous, écrit, en mai 2010, au ministre : « Ce décret doit être concrétisé… D’autant qu’il s’inscrit en outre dans un contexte général gouvernemental de fermeté face à la délinquance et l’insécurité ! » C’est ça, être engagé. Respect total.

Enfin, au bout du bout, Poniatowski, Ladislas de son petit nom. Sénateur UMP, pro-chasse forcené, lobbyiste de qualité, qui se vante du soutien indéfectible de son ami? Toujours le même, l'ami Borloo, l'ami de tous à vrai dire, pour peu qu'on ait quelques voix à négocier.

 

 

Ah la nature ! Ah la culture !

 

En 2005, 73% des français étaient déjà opposés à la chasse à courre (3). 73 % de 64,7 millions, c’est autre chose qu’un pauvre lobby, aussi puissant soit-il.

Alors…  Alors, c’est de notre faute. Parce qu’on laisse faire. Parce qu’on a la hargne molle et le verbe complaisant. Parce qu’on se laisse abuser par des arguments qui ne valent rien, même pas tripette :

Le premier d’entre eux : la chasse à courre ne dézingue qu’un faible nombre d’animaux. On en conclura que la barbarie est acceptable, à condition de ne point abuser.

D'autres, tellement burlesques que c'en est attendrissant, tentant d'excuser cette petite pulsion sadique… Oh qu'elle est sale, qu'elle est collante, mais qu'elle est si douce?

« J’ai accepté ma part de sauvagerie parce qu’elle me replace dans la nature », confesse un professeur d’anglais de Basse-Normandie, qui désire garder l’anonymat. On le comprend et on se félicite d’habiter l’Auvergne pour la sécurité de notre progéniture. Pour Gary, psychiatre toulousain, « seuls les gens qui pourchassent le lièvre le connaissent bien. L’animal ne donne toute sa mesure que quand il est poursuivi » (4) . Oui, c'est creux et ça ne veut rien dire. Mais Gary a bonne conscience désormais et c'est bien le principal. Encore un autre parce que je vous aime bien : un dénommé Philippe confesse demander pardon à l’animal qui vient de mourir… Là, c’est du très lourd. Philippe accepterait-il de consulter Gary ?

Quant aux substantifs et qualificatifs tirés du monde de l’art (les aficionados utilisent les mêmes, soit dit en passant), ils n’éblouissent plus personne. Nous ne sommes plus sous le règne de François 1er. Les Français suivent désormais une scolarité, voyez-vous… La neuvième de Mahler, Le baiser de Rodin, une chorégraphie de Béjart, une page de Belle du Seigneur et puis la curée… C’est une blague ?

Finissons-en, le dernier, je vous l’offre pour la route. Toujours Pierre de Boisguilbert : « La chasse à courre séduit de plus en plus de femmes… » Je suis touchée qu’on évoque fort à propos ma douceur féminine… Mais je certifie qu’il y a autant de connes que de cons. Et inversement.

                                                                                                                           

                                                                                                                 Anne                                                                                                                                                                          

 

 

D’urgence, il faut soutenir :

 

-Armand Farrachi, responsable du collectif pour l’abolition de la chasse à courre

http://www.abolitionchasseacourre.org

 

-Le Rassemblement anti-chasse (RAC)  http://www.antichasse.com/

 

Amis Griffeurs, Amies Griffeuses, signez les pétitions qui vous sont proposées. Et puis diffusez, diffusez, diffusez encore.

 

 

 

1. Documentaire de Jean-Christophe Rosé en 2008 consacré  à Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, sociologues, directeurs de recherche au CNRS.

 

2. Chasse Pêche Nature et Traditions

 

3. Sondage Sofres/ Fondation Brigitte Bardot

 

4. Chasse à courre, une exception française, par Marion Festraêts. Publié dans l’Express le 28 11 2002.

Cet article a été repris par le syndicat national de la chasse, à qui, sans doute, il a bien plu.

 

 

 

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