Protection animale

Euthanasies :

 

l’éthique mise à mort ?

 

Les refuges animaliers ont recours à l’euthanasie lorsqu’il s’agit d’éliminer des animaux trop malades ou trop agressifs. Au-delà de ces motifs, la mise à mort sous d’obscurs prétextes (alors qu’il s’agit essentiellement de se débarrasser des animaux en surnombre) pose de sacrés problèmes d’éthique…

 

À l’examen, la condition faite par les hommes aux animaux fourmille de phénomènes aussi révoltants qu’ordinaires, et ceci concerne toutes les espèces sans exception. Les associations, heureusement de plus en plus nombreuses et actives, nées du refus de cette lamentable situation, sont toutes regroupées sous le terme générique de « protection animale ». Certaines en ont même fait leur état civil, comme la doyenne d’entre elles, mieux connue sous le sigle de SPA, Société protectrice des animaux, qui a vu le jour à peu près à la même époque que la loi Grammont, ou encore la Confédération française des SPA de France.

La protection, c’est quoi ? D’après le Petit Robert, compétent en la matière, « protéger »  signifie « aider (une personne) de manière à la mettre à l’abri d’une attaque, de mauvais traitements, du danger (physique ou moral) ». On remarquera que le vénérable dictionnaire n’envisage pas que l’on puisse aider un animal, sauf à considérer que l’animal est une personne, ce qui, à notre modeste avis, ne constitue pas une aberration.

 

La dynamique de l’abandon

 

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Les refuges animaliers sont réputés pour cela. Pour protéger. Les refuges mettent à l’abri des attaques, des mauvais traitements, du danger (physique ou moral). Il offrent aussi, en prime, la possibilité d’une deuxième vie, d’une nouvelle chance, pour des animaux qui ont été malmenés par les humains (pas toujours si humains  que ça, finalement).

Chaque année, les refuges français recueillent des centaines de milliers d’animaux, chiens et chats essentiellement, animaux dits de compagnie, même si la catégorie s’est enrichie depuis peu de nouveaux postulants au titre, les fameux NAC (nouveaux animaux de compagnie), mais aussi d’animaux de ferme détournés fort heureusement de leur destin initial qui est… l’abattoir.

Grâce aux refuges, lieux où l’on est censé transiter, mais aussi se refaire la cerise, plusieurs dizaines de milliers d’animaux sont, chaque année, adoptés et sauvés, remis dans le circuit d’une vie meilleure. D’une vie « normale »  de chien ou de chat ou autre. Mais la pléthore est telle de ces infortunés, de plus en plus nombreux, que l’on peine à trouver de nouvelles familles à qui les confier.

 

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Réfléchissons un peu ! Soit Madame et Monsieur Jeune-couple-moderne (cela dit, il existe une large palette d’autres scenarii possibles). Ils ont un chat, et aussi un chien, qu’ils chérissent et dont ils prennent grand soin. Puis Madame et Monsieur Jeune-couple-moderne ont un enfant. Comme tous les enfants, celui-ci ne va pas manquer d’éternuer à la seule vue du chat. L’allergologue, homme de l’art avisé, va enjoindre le couple à se débarrasser du matou. Dilemme, états d’âme, quelques larmes pour faire bonne mesure… Madame et Monsieur Jeune-couple-moderne franchiront les grilles du refuge après y avoir laissé un compagnon de cinq ou sept ans d’âge qui en reste baba : terrorisé, incapable de comprendre ce qu’il lui arrive, il devra s’habituer ou périr… Reste le chien.

Quelques années passent. Madame et Monsieur montrent des signes de fatigue. Le divorce n’est pas très loin. Le divorce est déjà là. On va aussi divorcer du chien. La vie, voyez-vous, est tellement dure et tellement compliquée ! Le chien ira donc rejoindre son ancien copain le chat (ils ne se rencontreront pas, c’est pas un hôtel, quand même !) dans ce même refuge où, pour la seconde fois, Madame (ou Monsieur) ex-Jeune-couple-moderne poussera en reniflant les lourdes grilles, sans se retourner. Elle (ou lui) aura laissé derrière elle (ou lui) un compagnon de huit ou dix ans d’âge qui ne comprend pas plus que le précédent ce qu’il fout dans cette galère.

 

Dormir, c’est mourir

À présent, il y a peu d’alternatives, que ce soit pour le chat ou pour le chien (c’est équitable !). Soit ils sont sauvés in extremis par un quidam qui se sera laissé attendrir par leur bouille tristoune, soit ils sont partis, mais ne le savent pas, pour de longues années de captivité. Rien de méchant, mais rien d’exaltant non plus. Joker : ils peuvent aussi mourir de chagrin, ce n’est pas comme ça que ça s’appelle, mais c’est comme ça que ça se passe. On dépérit, on tombe malade, et hop, enlevé c’est pesé, et ça ne pèse pas bien lourd, au final.

 

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S’ils ne partent pas, s’ils ne meurent pas, ils vont rester longtemps, trop longtemps, invisibles. Pour eux, on se dit que c’est fichu, personne n’adoptera jamais des animaux qui font la gueule. Et puis ce sont deux bouches de plus à nourrir. Et puis ils s’emmerdent, il
s sont malheureux. Et puis il faut faire de la place. Et puis il y en a d’autres qui arrivent. Place aux jeunes ! Alors devinez quoi ? On prend LA décision. La seule qui vaille dans ces cas-là. Pour lui, et lui, et encore lui et plein d’autres, ce sera la piquouze, celle qui apporte le Grand sommeil, direct dans le congélo avant l’incinérateur sans passer par la case Départ.

Longtemps, dans les refuges, on n’a pas osé prononcer les mots qui fâchent. Quand on mourrait, on « s’endormait ». C’était poétique, très doux et joli, comme un conte. Si la formule n’était pas franchement conforme à une réalité souvent beaucoup plus violente, elle avait au moins l’avantage de faire moins mal… à ceux qui la prononçaient.

 

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Ce n’est que récemment qu’on parle d’euthanasie. C’est un beau mot, euthanasie ; ça vous sent son érudit, son homérique. Il est tiré du grec ancien et il signifie textuellement « le bien-mourir ».  Mais enfin, mourir c’est mourir. Quant à mourir « bien »… Il est des morts particulièrement atroces, des agonies implacables, et si longues… Dans ces cas-là, le bien-mourir consiste à ne pas attendre que l’agonie perdure trop et à injecter au plus vite le poison qui apaisera et qui libèrera du poids d’une vie arrivée de toute façon à son terme.

Mais lorsqu’il s’agit d’un être vivant, en bonne santé, qui n’a pas de tendance suicidaire, la mort n’a rien d’excitant. Le « mourir »  ne peut pas être un « bien-mourir ». La mort infligée, même avec tendresse et attentions délicates, ne présente guère d’attraits, que l’on soit homme ou animal. On pourra toujours gloser sur la valeur respective de la vie des uns et des autres, animaux humains ou non-humains, il n’en restera pas moins que la vie est tout ce que les uns et les autres possèdent et que la prendre est un crime.

 

De la honte au silence

Les fourrières(*) sont le plus souvent des lieux de mort. On le sait et on préfère l’oublier. Au-delà des règlementaires huit jours ouvrés, un animal dont personne ne s’est préoccupé a du souci à se faire. On ne sait combien, chaque année en France, d’animaux, chiens et chats essentiellement, y passent de vie à trépas dans des conditions parfois discutables (piqûre létale très douloureuse, sans anesthésie pour en diminuer le coût). Il n’existe pas de chiffres officiels du nombre d’« euthanasies »  pratiquées dans les fourrières. Ni d’ailleurs dans les refuges.

 

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Parlons-en, des refuges ! Gérés par des bénévoles, ne bénéficiant d’aucune aide publique, excepté s’il existe une « convention fourrière »  entre un refuge et/ou une communauté de communes (mais là, il s’agit d’une rétribution pour prestation de service, et non d’une aide publique), ils sont les réceptacles de tout ce que la société génère de victimes, de rebuts… Les animaux qui y échouent, à part quelques exceptions dues à des « accidents de la vie » (décès ou hospitalisation de leur maître), sont les signes douloureusement vivants d’une humanité malade, d’une misère psychologique grandissante et d’une indigence économique et intellectuelle inquiétante. Et ces infortunés sont de plus en plus nombreux.

Ne soyons pas naïfs ! Aucun refuge ne peut faire face au raz-de-marée des abandonnés.Il est évident que la plupart recourent à l’euthanasie, pas de gaité de c?ur, pour respecter le principe sacro-saint de réalité. Il faut en sacrifier certains pour en sauver d’autres : rien n’est parfait. Mais enfin, on se pose des questions. Protéger, est-ce tuer ? Tuer, est-ce vraiment protéger ? Protéger de la vie, alors. Car toute vie est dangereuse : on finit toujours par en mourir. Une dialectique simpliste dont on ne peut guère se satisfaire.

Les refuges, pas plus que les fourrières, n’aiment parler des « euthanasies ». Là-dessus, c’est le silence. Un silence lourd de gêne, de honte, de sourde culpabilité. Les refuges, donc les gens qui les gèrent et sont censés protéger les animaux, n’aiment pas qu’on leur rappelle qu’en les supprimant, ils faillent à leur engagement. Un aveu public pourrait entraîner une baisse des dons, par conséquent une baisse des moyens, et davantage de difficultés encore à sauver. Il y a trop d’abandons, pas assez d’adoptants. Les associations ne sont pas responsables de cette situation. Elles font ce qu’elles peuvent pour secourir, mais elles suppriment aussi et, ce faisant, elles rompent avec l’éthique qui fait le socle de leur action. Comment sortir de ce cercle vicieux qui corrompt et gangrène la protection animale ?

 

La nécessité d’un refus

Se taire n’est pourtant pas la solution. Au contraire. Ne faudrait-il pas que, du fond des refuges, montent les clameurs d’une absolue révolte, d’un catégorique et définitif refus ? Le refus de ceux qui ne veulent plus devenir malgré eux des bourreaux. Qui en ont assez d’être obligés de fouler aux pieds ce qui, au départ, les a portés, et qui est la compassion pour les êtres les plus méprisés et les plus exploités de la planète, les bêtes. De ceux qui en ont assez qu’on les contraigne à troquer leur rôle de protecteurs contre celui de tueurs ou de complices.

Il est urgent que cessent les petits meurtres secrets, les exécutions en catimini. Il est urgent que les congélateurs cessent d’être pleins jusqu’à la gueule des cadavres des bêtes que l’on aura tuées pour rien, juste parce qu’elles sont de trop. Il est urgent que les refuges cessent de jouer le rôle de nettoyeurs, entrent en dissidence, en mutinerie, en résistance. Que les femmes et les hommes crient leur dégoût de cette situation qui leur est imposée et dans laquelle ils n’ont le choix qu’entre la mort et la mort, entre la souffrance et la souffrance.

Au lieu de cela, on chuchote, on papote. Tout le monde sait, mais tout le monde se tait. Pourtant, protéger, ce n’est pas tuer. C’est hurler à la place de ceux qui n’ont pas de voix.Réveillez-vous, les protectrices ! Secouez-vous, les protecteurs ! Plus vous liquiderez d’animaux, et plus il y en aura. Cela ressemble fort au tonneau des Danaïdes. Et c’est vous qu’on accusera. Ce sera sans fin. Il faut agir. Descendre dans la rue avec les gamelles et les bidons. Faire du bruit, beaucoup de bruit. Oser affirmer : non, on ne veut plus être des bourreaux ! Il existe d’autres solutions. Il existe des mesures à prendre en urgence. C’est le moment de les exiger !

Ces mesures, ce serait l’interdiction pour les particuliers de laisser se reproduire leurs animaux. L’interdiction immédiate de la vente ou de la cession d’animaux de compagnie sur Internet ou par d’autres moyens, sauf si les cessions sont proposées par des associations dûment contrôlées. Des moyens accordés aux associations, aux refuges, des aides sous diverses formes… Entre autres. Il y a urgence. Ne soyons plus complices ! Protégeons ! Mais protégeons vraiment ! Il est des choses que l’on ne doit sous aucun prétexte accepter.

Et souvenons-nous que celui ou celle qui cherche à justifier la mort des bêtes plutôt que de chercher à l’éviter, celui-ci, ou celle-ci, a définitivement perdu son âme ! On ne saurait trop lui conseiller de s’intéresser désormais à autre chose…

Chaque année, en France, plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines, de milliers d’animaux de compagnie sont mis à mort pour cause de surnombre…

                                                                                                                                Josée Barnérias

(*) En France, chaque commune est censée être équipée d’un service fourrière afin de récupérer les animaux errants sur le territoire communal. En l’absence d’infrastructures, certaines communes ont recours à des prestataires de service qui peuvent être une entreprise privée, ou alors une association gestionnaire d’un refuge dont une partie des locaux est réservée à cet usage. Ce service est rétribué. Avec les associations, une convention est signée. La rétribution peut être fixée, selon les cas, à une somme qui va de 0,50 euro à 1 euro par an et par habitant. Quelquefois davantage, selon le type de service qui est demandé et la générosité de la commune.

 

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