Sangliers (1)

L’ennemi public est une bête noire

 

 

Depuis l’an dernier, un documentaire intitulé « Sangliers : la guerre est ouverte »circule quasiment en boucle, d’une chaîne de TV à une autre. L’on y apprend que la population de ces suidés aurait explosé, en France, depuis quelques années. Que des hardes entières endommagent sérieusement les cultures et que les sangliers causent aussi de nombreux accidents sur les routes du pays.

Pour mieux étayer les propos, on ne lésine pas sur les images : vues sur des casses de voitures où des centaines de véhicules et leurs tôles broyées, éventrées, sont censés témoigner de l’ultra violence des chocs. Sauf qu’il serait bien étonnant que cette mise à sac du symbole des âges modernes soit imputable aux seuls sangliers? Vue également sur des parcelles de champs méthodiquement retournées…

 

La faute à Voltaire…

Le chiffre est avancé de 17.000 accidents de la circulation par an. Àcause des sangliers ? Non, à cause des « animaux sauvages », nous dit-on. Ce ne sont pas les animaux sauvages qui vont venir prétendre le contraire.

L’an dernier, un demi-million de sangliers ont été massacrés lors de battues. Il y en aurait 1.500.000 dans nos belles campagnes françaises. Il faut donc redoubler d’efforts pour les dégommer ! Même les agriculteurs s’en mêlent. Tous les moyens sont bons.

 

Photo-laie-La-Nouaille-07-03-2010.jpg

 

 En mars 2010, dans un petit village de la Creuse, à l’issue d’une battue dite « de dispersion », deux chasseurs ont acculé une laie qui s’était réfugiée sur le parvis de l’église et l’ont massacrée à coups de masse, pendant de longues minutes, sous le regard effaré des passants…

 

De nombreux représentants de l’espèce finissent leurs jours d’horrible façon dans le secret des fourrés où les traquent les hommes armés. Les marcassins dévorés vivants par les chiens, les sangliers blessés à mort qui s’en vont agoniser plus loin, les bêtes achevées de mille manières tout aussi cruelles les unes que les autres (voir photo)?Vous avez dit « sauvagerie » ?

Il n’est pas interdit de se poser la question : pourquoi les populations de sangliers connaissent-elles un tel essor démographique ? Parmi les raisons avancées, on ne peut négliger les élevages avec croisements, dans les années 80 et 90, de sangliers avec des cochons domestiques, parce qu’on trouvait, alors, qu’ils n’étaient pas assez nombreux… Les animaux ainsi obtenus étaient beaucoup plus prolifiques. Aujourd’hui encore, des élevages de sangliers subsistent. Pourquoi ?

Tous les prédateurs des jeunes sangliers ont été exterminés méthodiquement par l’homme : loups et lynx ont disparu du paysage. Les conséquences de la tempête de 1999 sont aussi évoquées. Les chablis feraient office, pour les sangliers, de refuges inaccessibles pour l’homme. Là, ils pourraient proliférer en paix. « Mais, répond Gérard Charollois, président de la Convention Vie et Nature pour une écologie radicale, c’est mal connaître le mode d’exercice de la chasse aux sangliers. Ici, comme partout ailleurs, le sanglier se chasse au chien courant. Les chasseurs cernent un massif boisé, stationnent leur véhicule sur un parking de chasse aménagé par eux en bordure de bois. Ils lâchent les chiens, ne les suivent pas autrement qu’aux aboiements. Au besoin, ils prennent leur véhicule, font le tour du massif, se postent sur un autre parking et, en site un peu découvert, attendent la sortie de leur victime débusquée dans son taillis et poursuivie par les chiens. Le chasseur de sanglier use davantage les pneumatiques de son véhicule que la semelle de ses bottes. C’est la meute de chiens qui fait le travail et les chiens passent partout, y compris sous les arbres couchés? »Exit donc le mythe de la tempête complice des animaux traqués !

 

ou bien à Rousseau ?…

En revanche, il est une pratique qui contribue pour beaucoup à encourager la reproduction des suidés, c’est l’agrainage. Elle consiste à distribuer aux sangliers, en des lieux précis et à intervalles réguliers et en assez grande quantité, du maïs, dont ils sont friands. Les animaux, bien nourris, peuvent se reproduire en toute quiétude, puisqu’ils bénéficient d’une « assurance bouffe ». La chose a un autre avantage : lorsqu’on les cherche, on saura où les trouver ! Étonnant : ce sont les chasseurs eux-mêmes qui se livrent à ces petits arrangements pour, ensuite, se présenter comme les sauveurs de la planète en étant les seuls à pouvoir stopper ces hordes d’ennemis des cultures et de fléau des voitures. C’est une attitude paradoxale : leur zèle à vouloir exterminer les sangliers se double d’une volonté farouche de faciliter leur multiplication. Faire naître, encore plus, pour tuer encore davantage, c’est une démarche qui répond à la logique cynégétique. Perve
rse, débile et cruelle, oui, mais logique. Le syndrome du pompier pyromane, en quelque sorte.

C’est que le chasseur ne craint rien davantage que de ne plus avoir rien à chasser. En s’arrangeant pour que les populations de sangliers augmentent, il fait coup double. Non seulement il peut s’adonner sans retenue à son loisir favori, mais encore il peut justifier son penchant pour la mort en prétendant ?uvrer pour la « régulation » des populations d’animaux sauvages.

 

La FBB dénonce…

La Fondation Brigitte Bardot a relayé ceci : « Le 12 mars, en forêt d’Hirtzfelden dans le Haut-Rhin, des lieutenants de louveterie accompagnés de plusieurs dizaines « d’invités » armés de fusil ont fait un massacre, et le mot est faible, sur des sangliers en pleine période de reproduction et cantonnés dans un lieu protégé bien connu de tous les habitués, chasseurs y compris.
Cette battue administrative ordonnée par la préfecture est révoltante et ne peut que susciter l’indignation de la population, des associations de protection animale et même des chasseurs.
Plus de 40 animaux dont des laies pleines et des marcassins à peine nés ont été abattus, vidés de leurs entrailles. 57 f?tus de marcassins ont été retrouvés.
Sans compter les animaux blessés qui vont mourir dans d’affreuses souffrances car les tireurs n’ont pas pris la peine d’aller achever leurs bêtes. »

 

Malheur aux sangliers et à ceux qui tentent de les protéger ! Dans cette affaire, une fois de plus, l’État est l’allié des chasseurs. La saison des battues ne va pas tarder à battre son plein. En treillis et armes d’assaut, les Nemrod vont partir en guerre… Objectif : 500.000 cadavres minimum.

 

Jeph Barn

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *