"Animaux esclaves, souffre-douleur : rien ne change".
Suivi du rapport moral de l’assemblée générale (4 avril 2026)
Par Josée Barnérias
Une vingtaine de fidèles assistaient à l’assemblée générale annuelle de La Griffe, le 4 avril dernier, à Clermont-Ferrand. Les bilans que nous avions préparés ont laissé entrevoir à quelles difficultés nous étions confrontés et auxquelles nous devons nous attendre à être confrontés encore à l’avenir. Grâce aux adhérents, aux sympathisants qui nous soutiennent contre vents et marées, nous passons à chaque fois le cap de tous les dangers.
Nous remercions chaleureusement celles et ceux qui nous aident par leur générosité, leur soutien, leur confiance. Nous remercions les vétérinaires qui, en soignant nos animaux nous font du bien à nous aussi, au premier chef desquels le Dr Amélie de Vaissière (Cébazat) et le Dr Jean-Marie Canonville (Clermont-Ferrand).
Nous remercions la SNDA (Société nationale de défense des animaux) et l’association Solidarité Peuple animal, ainsi que le magasin Médor & Compagnie.
Enfin, nous exprimons notre amitié et notre immense gratitude à la philosophe et écrivaine Florence Burgat, membre d’honneur de La Griffe.
C’est une évidence : si nous n’avions pas bénéficié cette année d’aides providentielles, notamment par l’intermédiaire de notre fonds de dotation, nous aurions accusé un important déficit. C’est du moins ce qu’il est apparu lors de la lecture par la trésorière, Dominique, du bilan financier.
Quant au bilan d’activités, il n’est guère plus réjouissant. Nous nous sommes résignés à abandonner en partie les actions de terrain à cause d’un manque criant de bénévoles et de l’absence d’infrastructures. Bien sûr, nous avons réalisé des sauvetages, des stérilisations de chats, pris en charge des animaux malades ou blessés qui ne pouvaient compter que sur nous, comme Tigrou, qui avait ingéré de l’eau de Javel et dont les détenteurs, effrayés par le coût des soins vétérinaires que cette intoxication devait entraîner, avaient décidé qu’il serait euthanasié. Alertés par l’un des praticiens ému par le sort de ce pauvre chat, nous avons décidé de le sauver. Aujourd’hui, il va bien, et vit chez l’une de nous (merci Michèle!).
Nous nourrissons quotidiennement et soignons le cas échéant près d’une cinquantaine de chats libres, nous continuons à faire pratiquer des stérilisations. En 2025, nous avons eu la chance d’obtenir l’aide de la SNDA (Société nationale de défense des animaux) qui a pris en charge une partie des stérilisations effectuées. L’association Solidarité Peuple animal nous a fourni également un sacré coup de patte en nous faisant bénéficier d’aides sous forme de grandes quantités de nourriture pour chats, et ceci par deux fois.
Donc, nous continuons à agiter notre bâton de pèlerin, en espérant toujours que le temps apportera davantage de bonnes nouvelles en ce qui concerne la gestion de la condition animale par les institutions. Or, c’est exactement le contraire qui se passe.
Bien sûr, le contexte général est largement défavorable. Les conflits armés, les bouleversements climatiques, la régression généralisée des idées et des mœurs, l’avènement de régimes fascisants et impitoyables un peu partout dans le monde favorisent comme jamais l’exploitation des animaux et leur prédation. Que ce soit ici ou ailleurs, les animaux sont les premières victimes d’un monde qui se met à tourner à l’envers et dont serait bien malin celui qui pourrait dire ce qu’il serait loisible de faire pour qu’il se mette enfin à tourner dans le bon sens, c’est-à-dire dans le sens de la raison, de l’empathie, de la connaissance.
Il n’y a pas que les élevages et les abattoirs qui sont des lieux de cruauté. Le monde sauvage est également, que ce soit sur la terre, dans les océans, et même dans les airs, une scène de crimes incessants, odieux, gratuits. Quant à nos animaux dits de compagnie, ils sont les plus exposés. Les faits de maltraitance se multiplient, à commencer par la totale absence de préoccupation que montrent les politiques de tout bord envers la prolifération exponentielle des chats libres et l’esclavage qui est le lot de bien des chiens. Quant aux petits animaux dits « NAC », inutile même d’en parler. Ils sont réduits au statut de hochets, de jouets que l’on peut casser ou perdre à loisir, d’autant qu’ils sont « fabriqués » par milliers dans des entreprises indignes.
Non, rien ne va. Ici, en France, on nous avait promis en 2021 des lois destinées à lutter contre l’abandon et les maltraitances. Qu’en est-il aujourd’hui ? Les animaux sauvages dans les cirques devaient peu à peu disparaître de la piste et goûter à une retraite paisible. Idem pour les mammifères marins. Rien n’ayant été anticipé, la plupart de ces pauvres bêtes vont se retrouver dans des situations encore bien pires que celles dont quelques naïfs ont cru qu’ils allaient être extraits. On a renforcé les mesures pénales pour les actes de maltraitance et/ou de cruauté ? Foutaises. Poudre aux yeux. Si les parquets et les magistrats, globalement, semblent prendre davantage en compte ce genre d’affaires, il n’en demeure pas moins que les peines infligées ne sont de nature ni à décourager les potentiels auteurs, ni même à conférer à ces crimes une quelconque importance aux yeux du public.
La chasse se porte bien. Les brutes exultent. Le sang gicle dans nos belles campagnes. Chaque année, cinq ou six cent mille sangliers, sept ou huit cent mille renards, entre autres, sont la proie des fans de la mort. Quant à Internet, c’est le lieu de tous les dangers. Pour faire le buzz, de jeunes crétins vicieux s’amusent à se filmer en train de torturer un animal qui n’a aucune défense. Sont-ils sanctionnés ? Que nenni ! Il y a bien d’autres chats à fouetter. Forces de l’ordre surbookées, tribunaux débordés, prisons sursaturées, misère sociale et intellectuelle font le nid de tous les débordements, de tous les dysfonctionnements, jusqu’à la cruauté, jusqu’au meurtre. Les exemples sont légion. Si l’on ouvre les yeux, si l’on tend l’oreille, il ne se passe pas un jour sans que nous n’apprenions de quelles attaques odieuses sont victimes nos frères animaux.
Nous avons inscrit ce propos de Marguerite Yourcenar au fronton de notre site : « Révoltons-nous contre l’ignorance, l’indifférence, la cruauté, qui d’ailleurs ne s’exercent si souvent contre l’homme que parce qu’elles se sont fait la main sur les bêtes. »
De tous les animaux qui vivent sur la Terre, l’homme est certainement le pire, et quelquefois aussi le meilleur. Allez comprendre !
Nous assistons à un paradoxe de taille : d’après certains sondages, d’après des estimations, des témoignages…, il semblerait que la cause animale soit de mieux en mieux comprise, que la sensibilité du public soit plus développée par rapport à tout ce que peuvent subir les animaux (au moins en Europe). Force est de constater que cela ne se traduit jamais en actes. Que ceux-là même qui ont le pouvoir d’agir ne le font pas. Politiques de première ligne (élus locaux, militants) ou réellement investis d’un pouvoir important (parlementaires, chefs de partis de tous bords, voire membres de gouvernements), ils sont tous égaux devant la chose animale : ils s’en contrefichent. Comment parvenir à faire entendre notre – nos - voix ?
Cette prise de conscience qui grandit dans le public reste cependant stérile. Elle n’apporte aucun changement dans les mœurs, dans les habitudes. Elle ne s’incarne ni dans les actes ni dans les comportements. Quelque chose bloque. Mais quoi ?
Combien de temps, combien d’années, de décennies, nous faudra-t-il encore hurler dans le désert ? Hurler, impuissants, notre souffrance d’assister à celle des bêtes ? L’heure pourtant est moins que jamais au découragement. La Griffe ne compte pas y céder. Verrons-nous nos efforts aboutir ? C’est peu probable. Mais abandonner la lutte n’est pas une option envisageable. Alors, on continue !
Rapport moral (AG du 4 avril2026)
Nous sommes tous dans la même galère. Tous, c’est-à-dire tous ceux qui militent d’une manière ou d’une autre pour la reconnaissance des animaux en tant qu’individus dotés d’émotions et d’intelligence. Lorsqu’on constate toutes les attaques dont ils sont victimes, toutes espèces confondues, de toutes les façons, à l’origine desquelles on trouve l’homme, et dont il n’est pas question de dresser ici la liste, nous n’y parviendrions pas, on se dit qu’il faudra encore bien des années, peut-être des siècles, pour que cela change.
Un grain de sable
Ces éventuels et souhaitables, indispensables changements sont entravés, non seulement par la méchanceté réelle des êtres humains, mais aussi par des lois économiques toutes puissantes, par des traditions, des croyances qui sont solidement ancrées dans les inconscients. Et ceci à l’échelle du Globe.
Il nous faut être conscient que ce que nous faisons, ce n’est qu’un grain de sable dans le désert de l’ignorance, de la mauvaise foi, de la recherche du lucre, à tous les niveaux. Mais nous devons le faire. Penser globalement, agir localement.
La Griffe existe pour cela. Nos actions sont les plus terre-à-terre qui soient. Et elles ont pour résultat d’éviter le pire à des animaux dont nous aimerions qu’ils soient plus nombreux à être secourus, par nous ou par d’autres. Cette année, nous avons eu très peur de ne pas pouvoir payer les dettes considérables que nous avions contractées auprès d’une grosse clinique vétérinaire. Et puis le miracle est arrivé sous la forme de dons importants et inespérés.
Il y a de plus en plus de gens qui ont des animaux et certains de ces gens (un grand nombre en fait) n’ont pas d’argent. Retraités, chômeurs, asociaux… Ces gens ont des animaux auxquels ils tiennent. Lorsque ces animaux ont un accident ou tombent malades, ils n’ont pas les moyens de payer les vétérinaires dont les tarifs sont de plus en plus prohibitifs. Un grand nombre de cabinets véto sont rachetés de plus en plus souvent par des grands groupes qui leur imposent des règles drastiques. Les tarifs sont énormes, les vétérinaires n’ont même pas leur mot à dire puisqu’ils ont un statut de salariés. Que font les gens qui ne peuvent pas payer ? Ils regardent mourir leur animal. Beaucoup nous appellent. Peut-on refuser d’aider de sauver un chien ou un chat qui, si nous refusons, y perdra la vie ?
De fait, le poste vétérinaire occupe une grande importance dans notre budget. D’abord pour stériliser et identifier… L’identification est obligatoire, mais de nombreux détenteurs de chiens et de chats soit font mine de ne pas le savoir, soit trouvent toujours une bonne raison de ne pas le faire. Ils vous disent benoîtement que « ce n’est pas la peine, puisque mon chat ne sort pas... » Idem pour les chiens, même si proportionnellement, il y a beaucoup plus de chiens identifiés que de chats. Les ruraux, en particulier, ne sont quelquefois pas très enclins à respecter une obligation qui leur semble superflue. Hors associations, rien n’est fait pour inciter les détenteurs d’animaux à les faire identifier. Cela, pourtant, devrait être inscrit dans les grandes campagnes nationales, au même titre que celle sur les antibiotiques, sur la vaccination contre la grippe, ou autre.
Quant à la stérilisation, elle est indispensable pour la totalité des animaux de compagnie. Tout simplement parce qu’ils sont trop nombreux.
Trop nombreux : il n’y a pas assez d’adoptants pour le nombre de chiots et de chatons qui naissent chaque année. Quant aux NAC, je n’en parle même pas.
On est dans la situation d’une grande surface, où se côtoient des dizaines de milliers de produits. Tous ne seront pas achetés, loin s’en faut. Certains attendront, ceux qui peuvent se conserver longtemps, d’autres iront (grâce à une loi relativement récente) grossir les stocks des associations humanitaires, Banque alimentaire, Secours catho, Secours popu, Restos du cœur, etc. D’autres enfin seront dirigés vers les déchetteries et autres centres d’équarrissage. Les denrées vendues correspondent aux animaux adoptés, les invendus distribués correspondent aux animaux dirigés vers les refuges. Enfin l’équarrissage, au propre comme au figuré, c’est pour les animaux en surnombre, pour lesquels n’existe pas de solution et qui finissent un jour ou l’autre par y arriver, qu’ils meurent dans la rue, comme les millions de chats errants que nous avons laissé se reproduire, comme les vieux animaux, ou les malades, ou les « ingérables » auxquels ont réserve la piqûre létale.
Une vraie foire
Bien entendu, nous ne disposons pas de chiffres vérifiables, ce serait trop facile, et comme il ne s’agit que d’animaux, ne sont comptabilisés que ceux qui sont identifiés sur le fichier de l’I-CAD.
Rien en revanche n’est rendu public des animaux tués dans les fourrières, dans les refuges, du moins certains, ou assassinés en douce par des particuliers. Ce sont les associations qui doivent mener leur propre enquête afin que l’on puisse disposer de chiffres crédibles.
D’après certaines associations, comme One Voice, il y aurait près d’une dizaine de millions de chats sans famille sur le territoire français. D’après l’Observatoire de la protection des carnivores domestiques, l’Ocad, il y aurait environ 200.000 animaux pris en charge chaque année par les refuges et fourrières. D’après l’association AVA, il y aurait en France environ 300 euthanasies injustifiées chaque jour (moyenne) dans les refuges et fourrières français, soit 100.000 animaux par an. Une estimation veut qu’il y ait chaque année environ 300.000 abandons par an. J’ajouterai que c’est tout à fait crédible. Pour ce qui est des chats, c’est très sous-estimé. Les chats mis à la rue sans autre forme de procès sont légion.
Au niveau des chiens, le problème est différent, parce que l’espèce l’est aussi. Mais les refuges sont archi-pleins et nombre d’entre eux pratiquent des euthanasies de convenance sur les plus âgés, les moins faciles, même si cela n’est pas dit.
Quant aux naissances, elles sont totalement anarchiques. Portées de chiots ou de chatons non désirées et bradées sur Internet : une vraie foire ! Certains « éleveurs » achètent des chiots de quelques semaines dans des pays de l’est de l’Europe et les revendent dix fois le prix qu’ils les ont payés en France. Bien sûr, beaucoup de ces bébés n’y survivent pas.
C’est cela, qu’il faut nous appliquer à dénoncer et à éradiquer.
Nous lançons un appel aux bénévoles qui s’engageraient à surveiller avec la plus grande attention certains sites sur Internet, à noter toutes les annonces litigieuses, de façon à ce que nous puissions établir des rapports solides et interpeller celles et ceux qui ont le pouvoir d’agir pour faire cesser ces marchés aux esclaves. Nous devons tout faire pour obtenir les noms et les adresses des gens qui laissent leurs animaux se reproduire et, même s’ils ont le droit de le faire, tenter de les en décourager. Il n’y a plus de temps à perdre. Un jour, quelques petits malins vont se réveiller et se dire que décidément les animaux sont trop nombreux et qu’il faut en supprimer, comme cela est fait dans certains pays de la façon la plus sauvage et la plus cruelle qui soit. Nous ne pouvons laisser faire.
Ne rêvons pas ! Certaines associations dénoncent et donnent à voir des horreurs, et pourtant rien ne change. Plus nous serons nombreux à le faire et plus nous aurons de chance de parvenir à nos fins.
Il n’y a pas que les animaux de ferme qui sont sacrifiés. Certes, eux le sont dans des proportions abominables, mais beaucoup d’autres catégories d’animaux, que ce soient des animaux de compagnie, des animaux sauvages ou des animaux captifs, sont concernés. Cela représente plusieurs dizaines, centaines peut-être, de milliards d’individus. C’est énorme.
La moindre petite action que nous réaliserons aura son importance.
Il faut également savoir, donc apprendre, s’informer, réfléchir. Il ne suffit pas de nourrir dix chats dans la rue ou d’y aller de son commentaire plus ou moins pertinent sur les réseaux… Il faut savoir, donc apprendre, s’informer, lire autre chose que des commentaires débiles.
Des chiffres (2017)
Enquête réalisée auprès de 82 fourrières et 86 refuges en 2016 (il existe environ 700 fourrières et 700 refuges)
Estimation : 70.000 chats et 24.500 chiens sont euthanasiés chaque année. Soit 270 par jour. On pense que ces chiffres sont sous-estimés.
Ne sont pas comptabilisées les euthanasies de complaisance chez certains vétérinaires.
Par ailleurs, 7 % des chiens sont euthanasiés en fourrière, 6 % en refuge ; 36 % des chats sont euthanasiés en fourrière et 10 % en refuge.
Nous devons exiger de pouvoir accéder à des chiffres.
Nous devons, par respect pour celles et ceux qui nous font confiance et nous aident, fournir tous les efforts possibles pour parvenir à sauver, encore et encore, à convaincre, encore et encore, à exhorter, encore et encore, à dénoncer, encore et encore.
Photo : pendant la lecture des bilans.

