Un personnage politique dans les murs d’un refuge, c’est suffisamment rare pour être relevé, même si l’on est en période électorale. Marianne Maximi, députée du Puy-de-Dôme, a rendu une visite de courtoisie aux bipèdes et aux quadrupèdes qui occupent le refuge de l’APA 63, à Gerzat. Elle a relaté l’épisode sur son compte Facebook.

Un enjeu de civilisation

Le commentaire qu’a fait l’élue à l’issue de sa visite n’a rien de fracassant. Cependant, elle a qualifié fort justement la condition animale d’« impensé de nos politiques publiques ». On ne pouvait mieux dire. Impensé et invisible.

On pourrait cependant dire bien plus. Cet « impensé » n’est pas dû à un oubli, à une distraction, une négligence, une indifférence (la population se montre de plus en plus sensible au sort des animaux) mais bien plutôt, à notre avis, le résultat d’un refus obstiné d’envisager la question.

Le souci de la condition animale, même brouillon, même dispersé, même mal appréhendé, existe bel et bien dans notre société. Il n’est pas forcément partagé par l’ensemble de la population, mais il existe. Et le principe de civilisation, donc d’adoucissement des mœurs, fera qu’il existera de plus en plus. Sauf si c’est la barbarie et l’arriération qui prennent le dessus. Cela, les politiques, qu’ils soient de droite ou de gauche, ne peuvent l’ignorer, sauf à être des brutes ou des idiots. Et peu importe au fond quel est leur sentiment personnel sur la question. Ils sont là pour accompagner et gérer une réalité, celle de la société dans laquelle nous vivons tous. Pas simple.

Des « avancées » discutables

Car la condition animale est prise en otage par des intérêts divers. D’où le rôle des lobbys : éleveurs de vaches, de cochons, de chiens ou de chats, de cochons d’Inde ou de pintades, etc., de montreurs d’ours, de chasseurs, de pêcheurs, représentés parfois par des syndicats très puissants, comme la FNSEA ou la Fédération nationale des chasseurs, même le microcosme de l’aficion, avec ses éleveurs de taureaux, ses organisateurs de spectacles, ses clowns pailletés, même les acteurs de l’expérimentation animale (on en oublie ?), tous ces gens n’ont aucun intérêt à ce que soient élargis les droits des animaux, à ce que ces derniers soient considérés comme des « personnes » vulnérables devant être respectées et protégées par le droit, de façon beaucoup plus radicale qu’ils ne le sont aujourd’hui.

Certes, il y a bien eu cette modification du code civil qui reconnaît aux animaux le statut d’« êtres sensibles ». La belle affaire ! Cette « avancée » au sujet de laquelle on s’est réjoui un peu vite ne faisait que corroborer ce qui existait déjà dans le code pénal et le code rural, et n’a pas eu de conséquences notables sur la façon dont les animaux sont traités.

On peut dire aujourd’hui, avec le recul, que les progrès réalisés en matière de considération des animaux n’en étaient pas vraiment.

Car, où en sommes-nous ? Des millions d’animaux d’espèces diverses malmenés, sacrifiés, torturés, des pratiques odieuses qui continuent en dépit d’une opposition, au moins de principe, d’une grande partie de la population… Prenons la corrida, par exemple : il suffirait d’appliquer la loi pour qu’enfin cette cette horreur disparaisse. Pourquoi alors la tauromachie semble-t-elle intouchable ?

Partout où il y a un pouvoir sur les animaux, partout où il y a des intérêts à leur exploitation, il y a pression sur les politiques. Pourquoi sont-ils si peu nombreux à y résister ?

Cependant, en haut lieu, on sait qu’il faut que quelque chose se passe. Alors on jette des écrans de fumée, on met en avant des faux-semblants, on gère l’illusion. Il s’agit de contenter les uns sans mécontenter les autres. On tolère l’intolérable en faisant comme si cela était normal. Exercice de haute voltige !

Cet « impensé » de la condition animale serait-il en réalité un impensable ?

On vous attend...

D’après Marianne Maximi, il faudrait inventer « la protection animale de demain », en faire « un enjeu politique pour l’avenir ». Vœu pieux. Mais vœu tout de même. En fait, c’est tout de suite qu’il faut agir. En filigrane dans le discours de la députée LFI : « votez pour nous, nous ferons le reste ». Les promesses n’engagent que celles et ceux qui les croient, dit-on.

Mais ne nous rendons pas coupables de procès d’intention.

Mesdames, Messieurs les députés, les sénateurs, les maires, les présidents de ceci ou de cela, ne soyez pas en reste. Faites un effort et, vous aussi, montrez que le sujet de la condition animale vous concerne un tant soit peu. Faites semblant s’il le faut. Nous saurons bien, finalement, à qui nous avons affaire. Nous vous attendons au tournant du progrès et de l’empathie…

Marianne Maximi, pour sa part, a annoncé la couleur. Mais a-t-elle vraiment su lire, dans les regards implorants qu’elle a dû croiser derrière les barreaux des box, une détresse qui ressemble comme une sœur à la nôtre ?

Mesdames, Messieurs les députés, les sénateurs, les maires, les chefs de partis, les ministres et tous les autres, nous vous donnons rendez-vous devant l’impensable : le respect des autres animaux (car nous sommes nous aussi des animaux, l’auriez-vous oublié ?), leur considération, la reconnaissance des souffrances que nous leur infligeons et qui doivent cesser. Tout de suite.

Quels candidats seront assez intelligents pour comprendre l’enjeu qu’est désormais la condition animale ? La suite dans les mois qui viennent…