Détresse

Animaux disparus : la double peine

Plusieurs d’entre nous, griffeuses ou griffeurs, mLG-Blog-animux-disparus.JPG‘ont informée récemment avoir perdu un ou plusieurs de leurs chats, auxquels elles ou ils tenaient comme à la prunelle de leurs yeux, car nos animaux c’est un peu aussi notre famille… L’une d’entre eux, Anne, n’a plus vu revenir, en un seul mois, trois jeunes chats mâles castrés, un peu craintifs, qu’elle nourrissait et qui avaient élu domicile chez elle, et deux minettes d’un âge respectif de quatorze et quinze ans, Sucette et Nénette, dont elle partageait la vie depuis leur plus jeune âge… Il y a quelques jours, c’est une amie vivant à la campagne qui m’annonçait la disparition de l’une de ses pensionnaires, Capucine… Et qui la cherchait partout depuis trois jours…

Les chiens se volatilisent aussi, un peu moins cependant que les chats car nous avons en principe le contrôle de leurs déplacements. J’ai eu connaissance récemment du vol -oui, vous avez bien lu, du vol- d’un jack russel de huit ans, dans la cour d’une maison. Ses maîtres sont inconsolables… Ce sont hélas des choses qui arrivent relativement souvent. Mais le monde est particulièrement dangereux pour les chats. Des tas de périls les guettent, qu’ils savent le plus souvent déjouer, surtout lorsqu’ils sont aguerris. Les jeunes sont imprudents, curieux, téméraires. Les plus vieux sont moins rapides, parfois un peu sourds. Certains sont trop confiants. Ils ont tous leurs faiblesses et celles-ci peuvent leur être fatales. Nous voulons croire que dans le voisinage immédiat de notre domicile (lorsqu’il s’agit de chats dits d’extérieur), nous serions les premiers informés si toutefois il leur arrivait malheur…

Ce n’est pas souvent le cas. Et une disparition qui perdure, accompagnée de recherches fébriles et angoissées, jour après jour, nuit après nuit, c’est un malaise profond qui s’installe, une douleur sourde, une panique terrible que l’on doit tenir en bride. Car personne ne nous viendra en aide. Pas de plan « Amber », pas d’alerte sur les médias, pas d’armées déployées pour retrouver le fugitif. C’est alors que les pires scenarii prennent toute la place dans notre imaginaire tourmenté. C’est comme si l’on accompagnait, minute après minute, l’éventuelle agonie de nos compagnons tout en espérant que l’on se trompe, qu’ils se sont juste attardés un peu… Partagés -que dis-je ?- déchiquetés entre l’espoir et le désespoir … Ce n’est pas un hasard si l’on considère, après la désastreuse expérience de Pandore, que l’espérance est le pire des maux qui puisse frapper l’animal humain.

Le plus insidieux, dans ces disparitions, c’est qu’elles laissent ouverts tous les possibles. Y compris les pires choses. Les actes de malveillance sadiques, les plus cruels des supplices frappent à l’huis de notre imagination. Atroce…

C’est à cela que sont confrontés ceux qui perdent leurs animaux. Comme Anne. Cinq chats en un mois… Dans le quartier, les précédents sont nombreux… Suffisamment pour que les autorités en soient prévenues par les propriétaires des victimes sans trop de risque qu’ils se fassent renvoyer à leurs chères études. Du coup, la police a accepté sans barguigner de prendre la plainte que leur tendait Anne. Avec quel résultat ? Faudra voir… Bon, on ne le dira jamais assez : un fonctionnaire de police n’a pas le droit de refuser à un citoyen d’enregistrer sa plainte (code de procédure pénale, art.15-3). Lorsqu’il s’agit d’animaux, la plupart du temps, il essaiera de convaincre le plaignant qu’une main courante est suffisante. Qu’on le sache : une main courante ne peut être à l’origine d’aucune procédure d’enquête. Elle n’a pour effet que de calmer momentanément l’intéressé. Autrement dit, c’est du pipeau. Une plainte en revanche, même si elle doit être classée sans suite, sera, en principe, d’abord remise au parquet qui statuera.

Que l’on aille sur les sites « perdus/trouvés » d’Internet : ils sont légion tous ceux qui, jeunes, vieux, beaux ou pas, ont été ravis à l’affection de leurs maîtres. Où sont-ils ? Ceux que l’on trouve ne sont jamais, ou rarement, ceux qui sont par ailleurs recherchés. Dommage. Chiens, chats, ou autres, que deviennent-ils ? Perdus ? Volés ? Égarés ? Ils devraient laisser quelques traces, tout de même…

Notre mépris (celui de nos sociétés, s’entend) envers les animaux est tel qu’un cadavre sur la voie publique, la plupart du temps, n’inspire à nos contemporains qu’une moue dégoûtée et une fuite précipitée. Alors que c’est peut-être votre chien ou votre chat qui est allongé là, au milieu du trafic, sanglant, pantelant. Vous aviez pourtant pris soin de le faire identifier… Quelqu’un se souciera-t-il de le vérifier et de vous prévenir ? Un  quidam sans cervelle ne va-t-il pas, offusqué par la vision considérée obscène de ce corps sans vie, l’enfermer dans un sac, et puis direct à la poubelle, sans se soucier plus avant de savoir si quelqu’un attend, dévoré d’inquiétude, la pauvre bête ?… D’autres sont-ils à courir, éperdus, le long d’une route à grande circulation, ou encore terrés au fond d’un jardin de fortune ? Qui cela inquiète-t-il, si ce n’est vous ?

Pour revenir à Anne, nous attendons la suite. Peut-être s’agit-il d’une simple et terrible coïncidence. Peut-être ses chats ont-ils été victimes d’accidents divers… Peut-être. Peut-être pas. Les jours, les semaines passent, et aucun encore n’est revenu. La perte s’installe, on se fait une raison. On essaie de ne pas trop penser. On continue à vivre, mais la douleur n’est pas très loin. On essaie de la tenir à l’écart.

Il est insupportable que nos animaux soient à la merci de quelques sauvages, de quelques sadiques, de quelques misérables tueurs, de quelques ignobles trafiquants à la petite semaine (car quel genre d’individu faut-il être pour s’en prendre à des bêtes sans la moindre défense ?) qui agissent dans la plus totale impunité. Les animaux et leur souffrance, leur panique, lorsqu’ils sont la proie de tels salopards, cela n’est-il rien ? Cela ne compte-t-il pas ? A nous d’affirmer haut et fort le contraire. D’autant que notre souffrance à nous aussi existe, lorsque nous les perdons. Il nous faut souvent assister, impuissants et malheureux, à leur vieillesse, à leur maladie et à leur mort. La souffrance est encore bien plus aigüe lorsque nous ne savons pas ce qui a pu leur arriver. Ce que l’on appelle du vilain terme technico-juridique le « préjudice moral » est terrible, inestimable. Mais de cela, la plupart de nos contemporains ne veulent pas en entendre parler.

C’est notre devoir, à nous associations animalistes, non seulement de porter une parole en lieu et place des animaux non humains qui n’en ont pas, mais aussi de faire entendre la voix brisée de tous les animaux humains qui souffrent des souffrances que l’on inflige aux premiers.

Aux dernières nouvelles, seule Capucine est revenue…

 

                                                                                                         Joss Barn

        

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